NULIARSAK

Chez les Inuit, l’autre monde n’a pas de prise directe sur notre monde. Parfois, l’autre monde s’appelle le monde des ombres, parfois le monde des Tongats, et la plus part du temps l’autre monde. D'ailleurs, on peut raisonnablement se poser la question s’il existe un ou plusieurs autres mondes, tant les descriptions varient selon les lieux, les moments et les circonstances.

Les êtres de l’autre monde tentent la plus part du temps de nous influencer, de nous amener à faire des gestes, des actes dangereux. Pour un Inuk, l’acte le plus dangereux est de se couper des autres, de se percevoir seul, de se penser isolé. On ne survis pas seul dans ces terres si peu fertiles, nous avons toujours besoin du groupe et le groupe a toujours besoin de nous. Tout est toujours périlleux, les animaux, la glace pleine de pièges, on a toujours besoin des autres.

Certains Inuit, peuvent à partir de rites précis, accéder à l’autre monde, et y apprendre des choses utiles pour la vie. Mais il faut être prudent, avoir un protecteur puissant de l’autre côté et surtout être attaché parce que nos mains ou nos pieds pourraient commettre des gestes mortels sous l’influence des Tongats.

Mais il faut toujours faire attention, éveillé ou en rêve, de ne pas se laisser prendre dans les Tongats. Ils nous soufflent à l’oreille que nous sommes différents, que les autres ne nous aiment pas, que nous n’avons plus la force de les supporter, que nous n’avons plus de force, que nous ne sommes plus du groupe.

Les Tongats les plus fréquents sont les Nuliarsaks. Ils se présentent souvent la première fois en rêve, un homme ou une femme magnifique qui nous aime et nous désire. Et puis on le rencontre dans la vie, et il nous désire de plus en plus. Évidement, pour aimer cette personne il faut s’isoler, parce que les autres, et puis c’est secret, il ne faut pas le dire. Cet amour est de plus en plus exigeant, nous isole de plus en plus et nous entraîne en dehors du groupe jusqu’à ce qu’on en meure.

Est-ce que les dieux des blancs ne sont pas aussi des Tongats? N’ont-ils pas la même approche pour nous dominer, nous soutirer l’amour des autres vers un amour illusoire hors de ce monde, jusqu’à ce que nous désirions la mort? Zub raconte dans un billet sa rencontre avec un Nuliarsak. C’est LA façon de s’en libérer. Il faut le dire à notre clan, se laisser entourer par notre clan, qui nous protégera.

Commentaires

1. Le samedi 17 juin 2006, 03:06 par del4yo

les dieux des blancs, les dieux des blancs...Tu veux dire le fric et la consomation de masse?
huhu.

Tant qu'on peut choisir sa tribu? je suis d'accord avec toi.

2. Le samedi 17 juin 2006, 08:55 par la sorcière sucrée

Coucou Moukmouk,
Je lis mais commente peu, ici... Quel bel espace tu as ouvert !
Mais cette lecture des "êtres de l'autre monde" me dérange. A-t-on vraiment besoin de donner une vie autonome à nos peurs, à "nos démons intérieurs"? L'idée qu'il pourrait y avoir autour de nous des "êtres" qui guideraient nos actions, nous soumettraient à des tentations assimile les hommes à des pantins, des marionnettes sans liberté. Et que dire de l'idée qui consiste à ne trouver de salut que dans le groupe et ses représentations ancestrales ? Tout est-il donc déterminé, encadré dans des systèmes de pensée prédéfinis ?

Imaginons qu'une jeune fille aime un jeune homme différent, par sa couleur ou sa religion. Elle taira le nom de son bien-aimé à ses parents, car elle se doute qu'ils seront réticents voire hostiles à cette union: on n'a jamais épousé un Noir, ou un Vert, ou un Chasseur de castors (l'Autre, le Différent). Est-elle pour autant la proie de chimères ou d'esprits malsains ? Pas pour moi. Elle expérimente seulement ce que personne dans le groupe n'avait expérimenté avant elle.

Certains voudront la purger de ses démons, pour cela ils la blesseront et peut-être même la tueront... Ils lui diront que le Groupe n'a jamais fonctionné ainsi et qu'elle doit se plier à ses lois ancestrales, que son amour est chimérique puisqu'il la coupe des autres.

Mais moi je pense que c'est grâce à ce nouveau couple que le Groupe va au contraire se régénérer, se mélanger, apprendre à se confronter à l'autre !

3. Le samedi 17 juin 2006, 15:41 par a n g e l

la sorcière>> mais qui te dit que le Groupe dont parle Moukmouk n'est pas accueillant? Un groupe ce n'est pas nécessairement un espace clos et interdit. Ca peut aussi être une communauté aimante et accueillante et dont les valeurs sont de respecter les individualités tout en les préservant par la force commune. Quant aux démons intérieurs, les visualiser comme extérieurs me parait une thérapie très saine. S'ils sont déjà dehors, il faut juste faire attention à ce qu'ils ne rentrent pas ;)

Moukmouk, très beau texte.

4. Le samedi 17 juin 2006, 18:39 par Doune

Je trouve moi aussi que c'est un très beau texte mais je reste perplexe... c'est sans doute parce que je suis plutôt solitaire de nature...

5. Le samedi 17 juin 2006, 19:34 par la sorcière sucrée

Angel : "Quant aux démons intérieurs, les visualiser comme extérieurs me parait une thérapie très saine. S'ils sont déjà dehors, il faut juste faire attention à ce qu'ils ne rentrent pas" : je ne pense pas que nous soyons coupés en deux, avec nos démons d'un côté et de l'autre nos "anges". De même, un groupe ou un clan peut être protecteur, certes, mais de la protection à l'enfermement, la glace est parfois bien mince.

Ceci dit, je ne suis pas un ours et ne vit pas sur une banquise. Je ne parle que d'où je suis !

6. Le samedi 17 juin 2006, 20:31 par Pascale

La similitude entre l'animal, et l'homme... ?
C'est de tuer pour bouffer, c'est de baiser pour se régaler, et de se reposer comme le guerrier, (tel le lion, sauf que c'est la lionne qui bosse) et basta !

Sauf que nous, on nous a compliqué le "cervelas" (le grand Manitou a bien fait les choses...) Puisqu'à contrario de l'homme, ce qu'il faut bien comprendre chez les z'animaux et se mettre bien dans la testa ; c'est que l'animal vit au TEMPS PRESENT , pas nous ! Elle est là la difference !

La vie d'un animal, d'un homme, est magique et ce, depuis la nuit des temps !
Alors pourquoi ne pas laisser la nature faire sa vie tranquillou sans trop comprendre, et expliquer trop... Car lorsqu'on explique trop le rêve... Il disparaît !
Pour conclure...
La seule chose à ce jour, qui me paraît primordiale, ... C'est l'extermination, la discrimination des hommes, et des bêtes, mais hélas trois fois hélas l'un et l'autre sommes tous des PREDATEURS ! Le seul espoir... utopique malheureusement qui est à notre portée, est de faire changer les hommes, et là, je souris... Espère, prospère !!!!

Une Pascale fataliste ? Non point... tout bonnement Réaliste !

7. Le samedi 17 juin 2006, 21:37 par dieudeschats

Même si je n'ai jamais fait partie des meutes, je ne suis pas pour l'individualisme extrême de nos sociétés actuelles... mais j'ai du mal à comprendre où tu veux en venir. Je ne vois pas l'intérêt à n'être *QUE* partie d'un tout, sans avoir le droit d'être soi-même. A mon sens, l'amour de l'Un n'est pas incompatible avec "l'amour des autres" (groupe, amis, famille, clans...)

8. Le samedi 17 juin 2006, 23:09 par nziem

les Nuliarsaks ne peuvent ils pas permettre à celui ou celle qui le rencontre en rêve de se sentir heureux ? Si ils se présentent sous la forme d'une homme ou une femme magnifique qui nous aime, il (elle) a toutes les bonnes raisons de l'être. Et être heureux, ça permet bien souvent de s'ouvrir aux autres, au clan.

9. Le samedi 17 juin 2006, 23:09 par nziem

les Nuliarsaks ne peuvent ils pas permettre à celui ou celle qui le rencontre en rêve de se sentir heureux ? Si ils se présentent sous la forme d'une homme ou une femme magnifique qui nous aime, il (elle) a toutes les bonnes raisons de l'être. Et être heureux, ça permet bien souvent de s'ouvrir aux autres, au clan.

10. Le dimanche 18 juin 2006, 06:25 par Moukmouk

Une panne d'internet durant 10 heures et un très bon diner D'autre part, fait que je ne peux pas répondre à vos très beaux messages ce soir ( je suis un peu saoul mais il ne faut pas le dire), je me reprends demain, Il y a des pistes très intéressantes. Oui le clan est à la fois une limitation et une ouverture. Le problème c'est que le monde actuel prétend que nous sommes des individus indépendants, alors que nous n'avns jamais été aussi dépendants des réseaux.
Je reviens là dessus dès que j'ai dormi quelques heures.

11. Le dimanche 18 juin 2006, 13:59 par Moukmouk

Del--) Oui A'toshkaméheu, je pense que les dieux des blancs créent un grand vide en dedans, qu'on tente de remplir avec plus de trucs bizarre. Pire quand on a commencé, on a peur de manquer de truc pour remplir le vide alors ils travaillent très fort à tout détruire pour pouvoir l'avaler.
Chère sorcière--) La façon dont les Inuit choisissent d'exprimer leurs peurs, leurs contradictions, est originale par rapport à plusieurs autres groupes, parce que justement le seul pouvoir des Tongats est un pouvoir de persuasion sur les gens. Ils ne peuvent pas faire venir le gibier, où se matérialiser vraiment. Cela donne une liberté que les religions de beaucoup d'autres peuples n'accordent pas. Les Inuit acceptent les mariages avec des étrangers parce que les femmes sont toujours en sous nombre. C'est vrai que l'autre est suspect, mais il y a des raisons différentes ( je n'ai pas dit bonnes ni mauvaises)

12. Le dimanche 18 juin 2006, 14:16 par Moukmouk

Angel--) Merci, il y a des groupes très accueillants, d'autres moins, Mais en Arctique l'espace est si grand et il y a si peu de gens que de rencontrer d'autres, c'est toujours une expérience qui crée de grandes peurs et de grands espoirs. La piste de la thérapie m'apparait la bonne, et comme ce qui le plus complexe et le plus fragile dans ce monde c'est le lien au autres qui est le plus souvent malade.
Doune--) je tente de montrer d'autres cultures pour avoir des pistes pour comprendre celui-ci. Je ne juge pas et ne propose pas.
Chère sorcière--) bien sur le clan est à la fois très protecteur et très enfermant. C'est pour cela que les sociétés claniques sont si réfractaire au changement. Et tu as raison il ne faut pas juger à partir de nos critères.
Pascale--) C'est vrai que la notion d'histoire est très importante pour mesurer les différences. Mais sur la notion de prédateurs je pense que il y a une grosse erreur, j'y reviens c'est trop gros pour un commentaire.
DDC-) je ne propose pas une autre culture comme un modèle, je cherche à montrer la différence pour comprendre un peu, pour montrer que la culture des blancs n'est ni la seule possible.
Nziem--) bien sur que cela rend heureux. Mais là-bas s'isoler est dangereux, c'est contre ce danger qu'on prévient les gens.

13. Le dimanche 18 juin 2006, 18:34 par Anne

Quand je vois avec quelle facilité on peut, dans notre monde, ne parler à personne pendant une, deux journées... (et avec quelle facilité on commence à entendre des petites voix qui nous disent que si on a parlé à personne, c'est parce que nous sommes différents, que les autres ne veulent pas de nous,...) je me dis qu'il est d'étranges similitudes avec l'autre monde des Inuit...

14. Le lundi 19 juin 2006, 01:06 par FreddySud

Curieuse coïncidence ?
Cela pourrait être une illustration de Nuliarsak... ici :
20six.fr/lenono/art/12630...

;)

15. Le lundi 19 juin 2006, 07:37 par cassiopee

c'est justement ce que j'aime chez toi Mouk : tu m'aides à comprendre que la culture des blancs n'est pas la seule possible

- et j'aime quand tu parles des Inuits

milbises mouk
(et je te JURE que dès que j'ai fini mes putains de révisions de merde, je me colle à mon clavier et je t'écris)