L'identité suite

Non, il n’y a pas eu d’age d’or, ni encore moins de civilisation idéale, cependant il y a des cultures radicalement différentes. Je ne crois pas à « une solution » à une « façon de faire ». Mais de tous ces passés et de tous ces présents, il doit bien y avoir quelques leçons à en tirer. Un espace où il serait possible de dire « je » et « nous ». Le commentaire de Samantdi dans le dernier billet me questionne beaucoup.

À l’exception de quelques grands prédateurs dont les territoires pauvres les forcent à vivre seuls, les animaux sont claniques. L’humain ne fait pas exception. Clan, harde, meute, troupeau, groupe, nation, pays, je n’ai pas de préférence pour le nom. Il reste que tenter de nier cette réalité physiologique nous conduirait à ne pas comprendre l’identité et par conséquence le racisme.

Dans la nécessité de choisir un partenaire pour la reproduction, de décider si celui qui arrive est un ami ou un ennemi, les animaux ont développé des mécanismes de reconnaissance de ce qui est « le nôtre ». Le premier danger qui guette est l’inceste. La consanguinité est nuisible à l’espèce et presque tous les animaux ont des méthodes pour s’en protéger. Par contre, il est nuisible à la reproduction d’aller chercher trop loin dans les variants, le partenaire possible.

Tout le monde, je crois, connaît le test du T-shirt. On demande à 12 garçons ( ou filles) de porter un t-shirt durant 24 heures, qu’on met dans des pots semblables. On fait classer ces pots par une fille selon l’intérêt qu’ils peuvent représenter. Le plus intéressant est celui qui assure à l’enfant potentiel la défense immunitaire la plus grande( c’est à dire celui dont le système immunitaire est le plus différent du sien). C’est d’abord par l’odeur qu’on tombe en amour.

C’est dans cette contradiction entre les mécanismes de reconnaissance pour s’assurer que l’autre est un partenaire possible (donc assez loin, mais pas trop) que vient le réflexe d’identité. Même si cela prend une énorme place, « je » n’est cependant pas qu’un « porteur de gène ». Ce « je » contient aussi des « nous » provenant d’une langue ou de lieux, ou de coutumes, etc. qui utiliseront les mêmes mécanismes pour différencier le « notre » du « leur ».

Il n’y a pas si longtemps, les « nous » étaient plutôt étroit. Le pays c’était un village, et ceux du village d’à coté étaient déjà suspects. L’arrivée de la télévision, la standardisation du langage qui en a découlé a rapidement élargi ce nous. Par contre ce nous très large et beaucoup moins supportant provoque une hypertrophie du « porteur de gènes ».

J’y vois là, la source de l’actuelle épidémie de dépression.

Je me demande si finalement Samantdi n’a pas raison. Ne trouvant dans aucun groupe, meute, clan, race, nation, pays, ou quelque soit le nom qu’on donne à la chose, un lieu on je peux être « nous » avec tout ce qui est vivant, je tente de l’inventer, de le construire, et j’y cherche le support que le groupe donnait à mes ancêtres.

Je cherche à être dans le monde, parmi tout le vivant, baleine, arbre, ours, poisson, humain, oiseau et phoque. Mais j’y serai en refusant de voir l’ennemi en l’autre, en refusant le réflexe d’identité. Je ne sais pas si c’est possible, mais je vais le tenter.