Reprise du Dimanche: Nungutut

Ce texte est aussi parmi mes préférés. Peut-être parce qu'il explique le mieux mon point de vue. je ne fait pas parti de la tradition inuite, pourtant je pense qu'il est nécessaire de dire. Je ne sais pas si ce texte est un poème. De fait c'est le mot Nungutut qui est un poème, un terrible poème.

Est-il possible de traduire? Comment dire l’univers de l’autre? Comment faire le lien entre deux mondes si différents? qui suis-je pour oser tenter un pont?

Nungutut, je viens d’apprendre un nouveau mot Inuktitut, et il me blesse aussi sûrement qu’une lance au cœur, aussi sûrement que si on me désignait coupable.

C’est un mot nouveau. Il a été prononcé pour la première fois par les gens de Salluit au Nunavik en ce terrible automne où la terre toujours gelée fond et disparaît sous les pas, l’eau allant rejoindre l’eau de la mer, de la mère.

Les mères phoques ont besoin de glace pour accoucher, sinon le petit se noie. Que se passera-t-il lorsqu’il n’y aura plus de glace?

Les Inuit sont le peuple de la survie. Ils traversent la terrible nuit d’hiver, ils glissent sous le vent du Nord qui ronge tout ce qui ose lui faire obstacle. Mangent-ils la glace de ce désert ? comment trouver de la chaleur? Même les arbres ne peuvent supporter de tels extrêmes.

Ils ont survécu parce qu’ils sont avec, ils sont parmi, oies parmi les oies, phoques parmi les phoques, truites parmi les truites, ni plus ni moins, liés à la vie parce qu’il n’y a qu’une vie, et qu’elle est la même pour tout ce monde.

Je suis d’un autre monde, arrogant de puissance, je contrôle l’atome, j’harnache les rivières, et je renonce à ma terre pour aller vers d’autres mondes. Parce qu’il y a d’autres mondes à exploiter, à développer, à conquérir, à dominer.

Pour le peuple Inuit, il n’y a pas de début et pas de fin, la glace est sans fin, on peut marcher sur la glace jusqu’à ce qu’elle nous accepte en elle.

Nungutut : c’est la fin d’une espèce, qui est un élément de la vie. Si un élément disparaît comment la vie pourra-t-elle continuer?

Nungutut : c’est la fin d’un monde. Et je voudrais que ce soit celui de la domination.

Commentaires

1. Le dimanche 18 novembre 2007, 17:36 par Sérénissime (Apprentie)

Je comprends que ce texte soit parmi tes préférés. Il a la beauté du désespoir et la profondeur du temps.

2. Le dimanche 18 novembre 2007, 18:38 par Moukmouk

Merci Apprentie, à voir le nombre de commentaire, je pensais bien être le seul à aimer ce texte.

3. Le dimanche 18 novembre 2007, 19:22 par meerkat

Meuh non, Moukmouk, cela fait plusieurs fois que je viens relire ton texte.

Je l'aime, mais je me sens un peu démunie pour le commenter. J'ai envie de dire toute mon admiration pour le peuple Inuit, ses incroyables facultés d'adaptation à l'extrême. Mon espérance de les voir vraiment s'adapter aussi à tout ce que la civilisation occidentale a déversé sur eux et à en tirer parti pour le meilleur. Et aussi ma peur devant la fonte de la glace qui les met en péril. Ils sont les premiers visés par l'inconséquence de nos modes de vie.

Alors je voudrais bien comme toi espérer que ce sera le monde de la domination qui disparaitra... mais euh... je m'attends plutôt à ce que nous disparaissions tous. Mais peut-être bien que les Inuit n'ont pas fini de nous donner des leçons.

4. Le dimanche 18 novembre 2007, 20:53 par natilin

Sûrement parceque je ne connais pas de mot Inuktitut... je n'en trouve aucun à la hauteur de la force de ce texte... je ne peux que laisser l'émotion me gagner.. et en rester muette.

5. Le lundi 19 novembre 2007, 03:03 par Moukmouk

Natilin--) Merci beaucoup

Meerkat--) Je demeure avec un peu d'espoir. Il est sur que le changement de vie, sera très douloureux, mais peut-être apprendrons-nous. Merci pour les bons mots.