Reprise : Ne pas faire confiance aux roselins

je me dois de répéter ce conseil au moins une fois par année. 

Déjà que la nuit a été difficile... Des baleines facétieuses ont rempli mon rêve d'une fille dont la peau sentait le sucre, la cannelle et le sel... une espèce de gâteau de crêpes aux pêches au début de mon rêve, évoluant vers le gâteau aux pommes et noisettes dans une sauce de caramel au beurre salé. Inutile de vous dire qu'avant la fin de la nuit, il faisait si chaud que le caramel a pris un peu au fond...

Un grand verre de jus de mangue et trois cafés ont à peine réussi à me remettre de ces émotions et il a bien fallu que je parte, la peau vibrante et les poils qui redemandent de ce frôlement délicieux. C'est parfois bien difficile la vie de rêveur. Il faudrait pouvoir dormir jusqu'à l'épuisement... de ces délices. Mais plutôt me voilà lancé dans cette ville terriblement dangereuse de tentations en tous genres.

Parce qu'il fait beau à Montréal. Un beau quinze avec une lumière cristalline qui coule lentement sur les arbres encore sans feuille, sur les maisons paisibles. La lumière descend même vers moi dans cette rue légèrement en pente, alors mes pattes rebondissent dessus et je me sens tout léger. Il y a l'autobus qui roule vers l'arrêt, mais je ne me dépêcherai même pas. Je veux attendre le prochain, j'aurai sept minutes à profiter de ce temps magnifique, sept minutes avant que le prochain monstre m'avale et m'entraine vers cette fichue réunion... Limite un peu en retard, mais je n'ai vraiment, mais vraiment pas la tête à ça.

À l'arrêt, une jolie jeune femme vient attendre près de moi. Jolie certes, et surtout elle n'a pas la maigreur à la mode, mais des formes rondes et douces, et une peau trop rose qui réclame du soleil après ce si long long hiver. Il faut que je réussisse à sortir de mon rêve, sinon je vais être totalement inefficace à la réunion.

Et puis elle se penche beaucoup pour chercher un truc dans son sac, et me montre le haut de son pantalon à taille très très basse. Je regarde ailleurs. Je fais tout mon possible pour regarder ailleurs... Quand elle se relève, elle me fait un doux sourire en rosissant un peu, tellement naturellement qu'au cinéma ce serait jugé totalement pas crédible. C'est précisément à ce moment-là que le roselin m'a dit:

Fichier audio intégré

Non! J'ai résisté. J'ai regardé si l'autobus arrivait sans paraître voir le sourire, l'air, la lumière, le printemps, le monde...Si on écoutait les roselins, les villes s'écrouleraient. Plus rien ne pourrait fonctionner. Même s'il m'est très difficile de croire qu'ils ont tort.

Commentaires

1. Le mercredi 3 août 2011, 10:45 par Ziggie

Si elle t'a fait un doux sourire (et même en rosissant un peu), c'est qu'elle a deviné les traces du rêve qui t'habitait encore.
Ah les jeunes filles, ça perçoit tout.

Je ne connais pas roselins, il n'y en a pas chez nous, mais un oiseau chanteur ne peut jamais avoir tort.

Et si tout s'écroulait, nous devrions tout recommencer, en mieux.