La sale bête

Peu de billets ont été plus difficile à écrire que celui-ci, j'espère ne pas être trop ennuyeux.

Pour l'avoir eu comme compagne quelques années, je sais combien la dépression est une sale bête. Elle nous garde prisonnier en nous-même, nous enferme en fermant les fenêtres pour qu'on ne voit pas la Soleil. On voit parfois des portes, mais chacune d'elle semble nous conduire à un enfer encore pire que celui que l'on vit. Alors trop souvent on reste dans l'enfer qu'on connaît bien puisqu'il semble plus confortable. Et puis cela prend tant d'énergie pour en sortir, alors qu'on en a si peu…

 

Mais chose certaine, d'avoir vécu une dépression ne fait pas de nous un expert de la dépression des autres, surtout de la personne que l'on aime. Je voudrais aider, mais les mots que je prononce semble des jugements, des ordres, des montagnes de plus, des combats impossibles, alors que je ne voudrais qu'ils ne soient que réconfort, douceur et tendresse. Alors je me contente de rendre son enfer confortable, je fais le ménage, je vais chercher les objets trop haut ou trop lourds, et je me tiens là, à attendre de faire ce que tu veux quand tu le veux, comme le chien, heureux de toute ballade, de tout jeux, de toute caresse, mais qui n'en demande pas, de peur que mes élans dérangent.

 

Comme le chien, je sais ne rien faire en attendant. J'ai plein d'amis souvenir, loup, baleine ou renard dans ma tête à qui parler si le silence est trop lourd. Et puis je peux toujours aller jouer dehors, garder ton territoire contre les ennemis possibles ou imaginaires. Ces ennemis arbres qui volent la lumière, les plantes qui veulent tout dominer, et puis la terre à gratter et retourner pour que tout fleurisse à nouveau et célébrer la beauté du monde. Comme le chien, je sais attendre. Mais tout cela je ne le fais que pour toi. Comme le chien, je salis tes draps et réclame ma pâté… ce que je peux être ennuyeux d'être là à attendre…

 

Pourtant je ne demande qu'à te dire la beauté du monde, te faire goûter la douceur des choses et te faire partager ce qu'il nous reste de vie. Le plus longtemps possible… Voilà ce que je dis quand je dis que je t'aime...

 

Commentaires

1. Le lundi 8 février 2016, 08:44 par Sacrip'Anne

Je crois qu'il n'y a rien qui puisse nous rendre expert de la dépression des autres, hélas.

Ça serait si bien, si on avait une baguette magique, des mots d'amour qui soignent tout, hein ?

J'ai la grande chance de ne pas avoir vécu cette maladie, mais la beauté du monde et la douceur des choses telles que tu les racontes m'ont souvent aidée dans des moments difficiles.

Ça ne compense rien, mais ça existe.

Quant à elle, j'espère qu'elle trouvera son chemin pour aller mieux. Et si c'est le cas, je suis sûre que tout ce que tu as donné y aura été pour quelque chose.

Je t'embrasse, cher Ours.

2. Le lundi 8 février 2016, 10:14 par luciole

Dans une des mes vies d'avant j'ai aimé une personne en dépression. Je me souviens de tout ce que je faisais croyant aider et qui ne faisait que l'enfoncer. J'étais devenue le symbole de l’inaccessible étoile et je pouvais lui dire "elle est à porté de ta main", je ne pouvais pas la prendre pour lui et il n'avait pas la force de lever le bras pour s'en saisir. Nous nous sommes quitté quand je me suis aperçue que je lui faisais plus de mal que de bien. Il a sombré encore plus bas tout de suite après, mais c'est quand il a été tout seul vraiment, ayant lassé ou fait fuir tous les gens qui l'aimaient, quand il n'a plus eu une seule béquille sur laquelle s'appuyer, qu'il s'est mis à marcher. ça aurait pu finir plus mal, il aurait pu choisir d'en finir avec la vie aussi. Quand j'ai pris suffisamment de recul sur notre histoire, j'ai pu me dire, c'est son choix, quoi que son choix me fasse, c'est le sien, il en est seul responsable.

3. Le lundi 8 février 2016, 10:34 par Moukmouk

Luciole--) tu as sans doute beaucoup beaucoup raison... n'empêche que ça fait mal de le vivre, mal pour soi, mais aussi mal de voir l'autre s'enfoncer.

4. Le lundi 8 février 2016, 11:00 par luciole

Oui, ça fait un mal de chien... je t'embrasse

5. Le lundi 8 février 2016, 14:50 par Otir

Je suis, je vis - comment dit-on ?, je survis ? je ménage ? j'accueille ? je m'accomode ? d'être depuis l'adolescence l'hôte de cette maladie. Est-ce que cela fait de moi quelqu'un de compétent pour parler de ce qui peut aider (et ce qui n'aide pas) ? Je n'en suis même pas sûre.

En attendant, j'en parle, autant que je peux, depuis relativement peu de temps, en fait, sur mon blogue, moi aussi, parce que oui, il n'y a rien de plus délicat et de plus difficile à faire.

Et si tu peux partager le mal que tu as, c'est aussi une façon de vous aider l'un l'autre et de ne pas s'abandonner.

6. Le lundi 8 février 2016, 17:52 par Moukmouk

Otir--) je crois, je dis bien je crois, je ne suis pas sûr, qu'on se transforme pour vivre assez bien avec le problème, ce qui nous permet d'en sortir lentement. Oui il est possible d’être heureux après une dépression. Mais la transformation est un foutu boulot.

7. Le mardi 9 février 2016, 11:58 par Bismarck

Ah, moi qui me réjouissais de te lire de nouveau, je vois que les nouvelles ne sont pas si bonnes...

8. Le mercredi 10 février 2016, 00:06 par lagune

Je trouve que les personnes avant moi, ont écrit magnifiquement sur le sujet. Je ne peux qu'envoyer des pensées chaleureuses.