Première résolution: dénoncer les moralistes

Une première résolution que j'espère tenir en cette année olympique, année d'excès, année du spectacle global: dénoncer les moralistes du climat.

Si chacun faisait le tri et la récupération le monde irait mieux. Si chacun diminuait le chauffage... Si... Non, les solutions aux problèmes de notre petite Planète ne sont pas individuelles. Et les moralistes qui prêchent que c'est vous, c'est l'autre, le méchant, que le monde ne change pas parce que les gens sont méchants, qu'il est impossible de faire face parce que les gens ne veulent pas... Il faut les faire taire.

D'abord, je ne connais pas "les gens", et je ne sais vraiment pas ce qu'ils pensent, décident et veulent. Je crois encore moins aux études de marché et aux sondages qui démontrent que le monsieur sait poser les questions pour avoir les réponses qu'il veut, et encore, il n'a que les réponses de ceux qui veulent répondre. Ceux que je connais sont pour la plupart bien conscients que ça ne va pas, et serait bien d'accord pour faire quelque chose, mais quoi?

Ils seraient d'abord d'accord pour passer moins de temps dans leurs bagnoles, mais pour cela ça prendrait des transports en commun qui ont du sens. Ils seraient bien d'accord pour ne pas être dans la course folle à la productivité qui de toute évidence leur coûtera leur emploi. Ils seraient bien d'accord pour manger mieux des produits plus sain mais pour cela, il faudrait pouvoir en acheter.

Les solutions sont politiques dans le sens qu'elles passent par des modifications dans les lois, règlements et modes de fonctionnement qui régissent nos sociétés. Mais bien sûr maintenant tous les partis sont verts, plus ou moins foncés plus ou moins menteurs, mais tous disent que les questions environnementales sont très importantes. Mais tous parlent aussi de croissance de travailler plus pour gagner plus et dépenser plus pour emplir plus vite les dépotoirs.

Bien sûr, il faut faire du tri et de la récupération, mais il est plus important de moins acheter, et ça aucun parti politique ne le propose. Bien sûr, votre effort et votre participation sont importants, mais sans les changements dans les lois et modes de fonctionnement de nos économies, il n'y aura pas de solution. Poussons, faisons des pressions...

Ce ne pas en culpabilisant les gens qu'on va s'en sortir, mais en dénonçant les grandes entreprises, les trans-nationales qui sacrifient tout au dieu de la croissance.

Commentaires

1. Le mardi 8 janvier 2008, 09:08 par toto le crapo

La récupération, les politiques connaissent bien et savent utiliser... C'est bien ce qui fait peur, à force de parler d'environnement, ils bercent les gens de bonnes paroles derrière lesquelles il n'y a pas grand chose. En effet le combat est difficile, les ennemis sont puissants et nombreux. Donc, poussons, fort et aussi longtemps qu'il le faudra.

2. Le mardi 8 janvier 2008, 11:18 par andrem

Une fois n'est pas coutume, je vais jouer l'optimiste de service, moi qui broie du noir du matin au soir et mange du blanc pain du soir au matin.

Bon, c'était juste pour la rime.

Ouais, tout les partis politiques se sont colorisés vertement. Oauis, tous les partis ne sont que mensonge et hypocrisie, des bonnes paroles sans les actes, et des actes repoussants cachés derrière des écrans de fumée.

Ouais, on peut le voir ainsi et dénoncer les méchantes gens, en suivant le processus que dénonce justement notre Ours préféré; dans ce cas, le bouc émissaire de notre bonne conscience n'est plus "les gens", mais "les politiques".

Ouais sauf que. Sauf que si les politiques nous bercent de paroles écologiques, ce n'est pas obligatoirement qu'ils ont compris que c'était un enjeu de survie essentiel, c'est qu'ils ont compris que c'était un enjeu électoral. Ce qui signifie que si nous continuons à pousser, et nous découvrons ainsi le mérite de la démocratie, même détournée, même pauvre, même partielle, même entachée d'hypocrisie et de miroirs aux alouettes, les politiques comprendront qu'ils ne pourront pas éternellement nous agiter des baudruches pour protéger les intérêts de leurs commanditaires multinationaux, car ce sont nos voix qui leur feront défaut. Ainsi, tôt ou tard, ils devront (et ils commencent déjà pour certains) prendre les décisions qui fâchent les commanditaires en question.

On ne peut aller plus vite que la petite musique démocratique. Même si les plus conscients savent l'urgence, il faut en passer aussi par la patience et l'obstination, il faut attendre que se réalise l'hommage du vice à la vertu, il faut faire confiance sans démordre à l'effet lent mais sûr de la démocratie. Continuons à proclamer ce que nous voulons, quand bien même nous ne pouvons pas le traduire en acte nous mêmes, sans relâche. Et faisaons nos petits gestes quotidien non pas comme une action efficace, elle ne l'est pas, mais comme un exemple et une préparation à une avenir qui sera de toutes façons difficile, une sorte de stoïcisme inattendu dans mes mots.

Nos paroles, tout comme la parole des "gens", valent beaucoup mieux que nos actes, le petit tri du matin et le report de l'achat de la dernière merveille du jour qui sera remplacée demain par une merveille plus merveilleuse dont nous n'avons pas avantage besoin. Petits actes sans importance bien qu'utiles, bien que pédagogiques, mais beaucoup moins nécessaires que nos paroles serinées aux oreilles devenues un peu plus attentives des politiques, qui sont et seront ce que nous ferons d'eux.

Non?

3. Le mardi 8 janvier 2008, 11:21 par andrem

Pardon pour les approximations orthographiques de relecture.

Il doit me manquer des doigts, et mon clavier est facétieux qui déplace les touches quand je le frappe.

4. Le mardi 8 janvier 2008, 11:36 par Richard

Bon, encore un papier que je partage à 200 %. Il faut, oui, s'empresser d'abord de dénoncer les pratiques des firmes transnationales. Car ce sont elles les responsables de la disparition de Bornéo et des forêts, ce sont elles qui stressent la chair de la Terre et détournent les âmes de leurs "précieux collaborateurs".

5. Le mardi 8 janvier 2008, 12:11 par Moukmouk

Richard--) visons les bonnes cibles

Andrem--) Oui

Toto--) Nous pouvons être aussi rusé qu'eux.

6. Le mardi 8 janvier 2008, 13:05 par dieudeschats

Je ne suis pas entièrement d'accord... ici par exemple, quand le parti des verts a été créé, il a rapidement obtenu un petit poids qui lui a permis de mettre en route des "écotaxes". Comme les gens n'étaient absolument pas sensibilisés, le seul résultat obtenu a été une décrédibilisation des verts et par extension de l'écologie (devenue pour longtemps synonyme de couillonnade aux yeux de beaucoup !)

Bien sûr les solutions sont globales et politiques, mais ça passe *aussi* par une prise de conscience et un changement au niveau des individus. Il ne faut pas croire ni laisser croire que ces solutions ne nécessiteront pas d'efforts personnels !

Après, on a aussi eu des campagnes radiophoniques du gouvernement qui visaient à culpabiliser le jardinier lambda d'utiliser des engrais et des pesticides, sans un mot sur les pratiques agricoles... manipulation et foutage de gueule à dénoncer, effectivement.

La décroissance ne viendra pas du haut, elle ne sera pas imposée... ce sont nous, tout en bas, qui la pousseront. Et si on ne le fait pas, ce sera notre environnement qui ne nous laissera plus le choix.

7. Le mardi 8 janvier 2008, 14:20 par Tippie

J'approuve et applaudis ce billet très enlevé.
Richard fait bien de le reprendre sur son blog. Et sans vouloir vous donner l'air de copier, je pense en faire de même.

Mais n'oublions tout de même pas de continuer, tous et chacun, à notre petite échelle, à entretenir (sauver...) notre planète.

8. Le mardi 8 janvier 2008, 14:50 par Moukmouk

Tippie--) Reprends, reprends le billet tant mieux si plus de gens voient la mécanique de dépolitisation et de personnalisation du problème.

DDC--) Attention, je n'ai jamais dit que l'action personnelle n'était pas importante. Il est cependant important de dénoncer ceux qui veulent faire de l'action personnelle le seul moteur du changement. Quoi que ce soit que je fasse, les usines de traitements des sables bitumeux polluent plus que l'ensemble des canadiens et toutes les autres industries canadiennes. C'est important que je diminue ma consommation, mais beaucoup plus important que je lutte pour empêcher le développement de ces cochonneries.

9. Le mardi 8 janvier 2008, 15:21 par swahili

Bien-sûr, c'est facile de rejeter la faute sur l'autre. Mais il faut mener le combat sur tous les fronts et ne pas se dédouaner en disant que c'est la faute aux pouvoirs publics alors nous on ne fait rien. Je sais évidemment que ce n'est pas ton cas ni celui de la plupart qui passe par ici, mais j'en vois tellement autour de moi qui continuent leur comportement de gaspillage...
Alors pour 2008, sortons les pulls, trions et, comme les avants de Bayonne, allons-y poussons, poussons !! [référence à un chant culte des supporters de rugby du Sud-ouest ;-)]

10. Le mardi 8 janvier 2008, 17:18 par Lise

Je pense également qu'il faut passer de théorie à la pratique pour essaimer, montrer que c'est possible.
Faire la preuve que ce que la pub veut nous vendre n'est que fumée.
Faire la preuve qu'on peut changer des choses au quotidien, et donc que les politiques peuvent le faire, pour peu que nous les y poussions.
Une fois que cette conscience-là est en place, toute le château de cartes peut s'écrouler petit à petit.

11. Le mardi 8 janvier 2008, 20:15 par dieudeschats

Je pense qu'on est d'accord sur le fond Moukmouk, mais j'insiste sur l'importance du parallélisme entre les deux. Juste l'un ou juste l'autre, ça ne sert pas à grand chose. J'en connais plein qui s'en foutent de gaspiller et polluer en justifiant cela parce que *tel truc* pollue de toute façon plus qu'eux. Il y a besoin d'un changement de mentalité.
Swahili et Lise m'ont ôté les mots de la bouche ;-)

12. Le mardi 8 janvier 2008, 22:01 par TT02

Ma maitresse d'école disait qu'il fallait faire des efforts même si ça menait à rien individuellement mais on allait éléver des enfants qui deviendrait aussi un jour des politiciens. C'était ya trente ans. Je trouvais ça "hippie" comme raisonnement.

13. Le mardi 8 janvier 2008, 22:19 par Moukmouk

TTo2--) c'était à l'époque où on espérait du coté de la démocratie...

DDC--) oui on est d'accord, on doit individuellement faire quelque chose, je le dis d'ailleurs dans le texte, il faut juste fermer la gueule aux prêcheurs qui veulent cacher que le péché est d'abord économique et global.

Lise--) le château de cartes, il s'écroule présentement. Nous avons atteint ( ou atteindrons sous peu) le pic pétrolier, notre mode de vie est insoutenable, cela veut dire qu'on ne peut le soutenir longtemps.

Swahili--) tout à fait et je le précise dans le texte, mais je ne veux pas qu'on me refile la responsabilité pour des politiques agricoles stupides.

14. Le mardi 8 janvier 2008, 22:45 par Fauvette

Je suis d'accord avec toi ; ce n'est pas en culpabilisant les gens... et pourtant je suis d'accord pour trier, et tout, et tout, mais j'aimerais bien qu'il y ait plus que la prise de conscience individuelle, des actes des vrais.

15. Le mardi 8 janvier 2008, 22:59 par Frédérique

Un homme marche sur une plage couverte d'étoiles de mer qui meurent au soleil. Un camarade qui le regarde lui demande : «Te rends-tu compte qu'il y a des millions d'étoiles de mer ! Si louables soient-ils, tes efforts ne font aucune différence». Et l'homme, tout en jetant une étoile de plus à l'eau de répondre : «Si, pour celle-ci, cela fait une différence» !
in Plaidoyer pour le bonheur, Mathieu Ricard.

L'action individuelle d'apprendre à vivre mieux avec moins est indissociable de l'action collective. L'énormité de la tâche tient au fait que "les moralisateurs", les "transnationales" et autres saigneurs à vif de cette planète n'entendent que des arguments financiers. C'est notre système économique entier qui nous emmène dans le mur... Chacun de nous peut entrer en résistance. C'est une condition nécessaire, mais, tu as raison, pas suffisante ! Mais nécessaire quand même pour que je relaie ton post sur mon blog à mon tour.

16. Le mardi 8 janvier 2008, 23:14 par Kinkapricorne

De notre plein gré ou de mauvaise grâce, il faudra en passer par la décroissance, càd moins consommer. Se contenter du nécessaire et réserver le superflu à quelques rares occasions festives. Un exemple : demain c'est l'ouverture des soldes. Rêvons un instant et imaginons que le nombre de personnes dans les magasins soit réduit des trois quarts par rapport à celui attendu par les commerçants... N'y aurait-il pas là un signal fort ?
Il vaut sans doute mieux accepter la décroissance de notre plein gré, plutôt que contraints et forcés. Et le plus tôt sera le mieux. On peut espérer qu'il y aura moins de dégâts si le processus se met à appuyer doucement sur le frein longtemps avant l'obsacle, plutôt que de devoir filer un grand coup de patin in extremis pour éviter le ravin, avec en prime un dérapage incontrôlé à la clé.
Alors moi demain les soldes, c'est niet !

17. Le mercredi 9 janvier 2008, 17:11 par zizule

j'adore ce blog