Pour la Dame des Brumes

C'est un jeu. Un jeu où je tente le discours et le vocabulaire du XIX siècle. Comme je suis joueur, j'y plonge avec passion. Je n'y gagnerai peut-être qu'un délicieux trouble, mais quelle fortune pourrait être plus gouteuse.

Makpela m'a écrit. Difficile de demander mieux dans cet automne où je reprends une vie dite normale, mais qu'en faire quand la norme n'est plus qu'une ménagère avide et radine, une ménagère bornée qui prétend que la valeur se compte en espèces. Je refuse d'être normal, je refuse qu'on m'impose une norme quand cette norme est de me limiter à avoir.

Makpela est ma Douce Dame des Brumes. Je ne sais rien d'Elle, sinon qu'elle apparaît que pour de brefs instants, à la limite de mon regard, en contraste à la froideur et à la médiocrité crue de cette civilisation où les échanges ne sont plus que commerce. Brumes contre l'exactitude comptable, contre l'aveuglante évidence des prix, tellement aveuglante qu'il est maintenant difficile de voir les humains à travers l'image qu'ils projettent.

J'ai besoin d'amour et s'il y a une évidence c'est que l'amour n'est jamais une certitude. C'est une tentative de rejoindre l'autre à travers le flou de son propre regard, le flou du désir, le flou du geste que je tends et qui parfois frôle la chère, la chair vivante, mais souvent se contente de n'être que des mots qui volent parce qu'il n'y a pas d'oreilles où ils peuvent se poser.

J'aime c'est certain. Mais j'aime qui ? Vivante, elle change continuellement et si elle ne changeait pas, je ne pourrais pas l'aimer. Et même si elle ne changeait pas vraiment, je change tellement, mon regard change si souvent qu'elle ne m'apparaitra jamais comme différente, désirable parce que différente.

Je l'aime vivante. Et la seule évidence de la vie c'est qu'elle apparaît que parfois dans d'éblouissantes fulgurances, dans une uberté de conscience, conscience de la Beauté du Monde, qui se cache aussitôt dans la brume, l'incertitude des gestes à poser pour la retrouver.

Alors voilà, pour les prochains jours, je tenterai d'écrire des textes pour la Brume.

Commentaires

1. Le samedi 6 novembre 2010, 16:32 par Anne

Comme ce texte fait écho, mon bel ours.

C'est beau. C'est bon. Merci.

2. Le dimanche 7 novembre 2010, 14:45 par Moukmouk

Anne--) Bon c'est samedi et je n'ai pas beaucoup de lecteurs. Snif! J'espère que ce n'est pas parce que ce texte est trop touffu pour être apprécié.

3. Le dimanche 7 novembre 2010, 18:22 par Tanakia

C'est qui Makpela ?
Je doute que tu parles de la grotte près d'Hébron où furent ensevelis, d'après le livre de la Genèse, Abraham et son épouse Sara, Isaac, Rebecca, Jacob et Lia...

4. Le dimanche 7 novembre 2010, 19:04 par isadora

Tu es de retour, monsieur l'ours !
joli texte, merci :)

5. Le dimanche 7 novembre 2010, 19:50 par Llyn

On a envie de rencontrer Makpela quand on lit ce texte. Je l'imagine qui danse au dessus des vagues.

6. Le dimanche 7 novembre 2010, 19:57 par Névrosia

Toujours un plaisir de te lire monsieur le poète.

7. Le dimanche 7 novembre 2010, 21:01 par Moukmouk

Névrosia--) merci beaucoup... oui c'est de la poésie mais je vais faire l,exercice d'expliquer la démarche.

Llyn--) oui, enfin, elle peut difficilement être dans le même monde que nous

8. Le dimanche 7 novembre 2010, 21:05 par Moukmouk

isadora--) très content de voir que tu es aussi de retour.

tanakia--) Makpela, c,est une dame qui a voulu jouer au jeu et m'a répondu dans les commentaires comme étant la Dame des Brumes. Je ne sais rien d'elle, absolument rien. Alors elle représente bien la tentative romantique. Il faut cependant que j,explique cette démarche... je viens de trouver ce qui me passionne là-dedans. Alors demain, plutôt que d'écrire un autre texte, je vais en faire l'explication.

9. Le lundi 8 novembre 2010, 00:11 par Lyse

J'ai adoré lire tes mots encore une fois.

Et bon retour!

10. Le lundi 8 novembre 2010, 14:45 par Moukmouk

Lyse--) merci encore une fois