En allant voir les castors

Une famille de castors habite près de la ouache. Je suis poli avec mes voisins.

Ce n’est même pas 10 minutes à vélo. Il y a trois ans leur maison était vraiment plus proche, mais le barrage occupait aussi le fossé de la route qui était régulièrement inondée. Pas très profond juste assez pour emmerder les autos. Après presque 2 ans de lutte avec le trappeur municipal, ils ont déménagé un peu plus loin. Bon je prenais pour les castors, mais je ne l’ai pas avoué parce qu’on aurait dit: on sait bien tu es du bon coté de l’inondation, alors tu t’en balances que ça emmerde les autres.

 

Je vais voir les castors. J’apporte maintenant mon coussin imperméable, c’est froid et mouillé souvent sur le sol. Un livre aussi souvent. L’important c’est d’être là, souvent, presqu’à la même heure. Et d’avoir la même attitude. Je suis dans votre territoire oui, mais je ne menace pas, je ne bouge presque pas, je suis vivant-là, présent au monde.

 

Oui, les castors sont heideggeriens. Non pas parce qu’ils mangent leurs merdes en se pensant les rois du monde, mais parce qu’il pratique l’Aléthéïa, ils sont là et pas là en même temps, ils sont hors du léthé, de l’oubli, ils sont dans la continuité plutôt que dans l’événement. Ils sont la preuve de l’extraordinaire complexité du monde, de son extraordinaire beauté.

 

Être-là avec les castors, sentir le monde dans sa continuité. Le plaisir du flot de la vie, ce grand fleuve tellement plus grand que nous.

 

Parfois le miracle se produit et un bébé castor vient nous voir. Pour mes ancêtres le castor s’appelle le petit frère bavard, et les jeunes aiment bien venir nous parler. Les vieux sont trop snobs et hautains, je n’ai jamais pu développer d’amitié avec un vieux castor. Mais les jeunes très curieux veulent découvrir ce que nous sommes. Mais il faut avoir été là longtemps pour que les adultes acceptent qu’un jeune prenne ce risque. Je pourrais être un sophiste et nier l’existence du monde, qui est là et pas là en même temps.

 

Pas cette année, je n’ai pas réussi à convaincre les parents que je n’étais pas dangereux pour leurs enfants. Mais je vais continuer, on ne sait jamais quand le miracle peut se produire.

 

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