Ijjilik le sage

De toutes mes expériences de vie, l'être qui sans doute m'a le plus apporté. Je fais une reprise pour une jeune amie scientifique que j'aime beaucoup. 

Il faut étudier la sagesse des loups. Ils ont tant à nous apprendre sur la survie du Monde. Ils ont tant à nous apprendre sur nos responsabilités. Parlons donc du plus sage des conseillers de Mahyénipigane. J’aimerais vous présenter Ijjilik le sage.

Ijjilik cela veut dire Ciel froid. Dans vos Sud, cela ne veut pas dire grand-chose. Mais en Arctique, le ciel devient parfois d’un bleu très profond, un temps sans vent et très froid. On sait alors que la tempête vient, qu’il faut tout de suite se protéger. Je voudrais être comme Ijjilik, annoncer la tempête parce qu’elle vient.

Bien sûr, il porte ce nom parce que c’est lui qui déclenche la course des loups. Cela se terminera par la mort du caribou le plus faible, celui qui accepte de se sacrifier pour la suite du Monde.

Je l’ai connu il y a très longtemps, il était alors gardien de la mère de clan de l’époque, un loup superbe, pas aussi grand que certains de ses chasseurs, mais respecté parce qu’il savait déjà rendre la chasse fructueuse. Il est donc un très vieux loup…

Il n’y a presque plus de brun dans son poil, sa barbe est toute blanche, et même le gris de son dos devient de plus en plus blanc. Il ne court plus, ses pattes refusent. Il ne mord plus ses dents sont trop usées. Il doit accepter la viande qu’on déchire pour lui. On lui laisse la majorité du foie et du cœur, parce que c’est tendre et surtout qu’il y a beaucoup des vitamines dont il a besoin.

Depuis longtemps, il aimerait aller dormir dans la neige, puisqu’il ne se croit plus utile à son clan, pourquoi continuer à vivre? Cela le soulagerait de toutes ces douleurs qui font que même penser est pénible. Mapuisqu’ilis il n’en a pas la permission, son savoir est trop grand, ses ruses toujours subtiles, et ces yeux voient encore plus loin que les autres. Peut-être qu’à force d’avoir vu le passé, il peut aussi voir l’avenir.

Avant il portant la tête haute et la queue bien droite. Maintenant, sa tête est basse et comme une timidité s’est emparée de tous ses gestes. Il ne regrette pas son ancienne force. Il sourit en se souvenant des grandes courses, de la joie de mener la chasse, de mordre la patte qui fera tomber la bête…

Je me doute bien que je l’ai vu pour la dernière fois, le terrible hiver aura raison des réticences des autres à le voir partir. Je lui ai donc demandé : « Vieux maître, qu’est-ce qu’une aussi longue vie vous a appris de plus précieux? »

Sa réponse : « l’expérience ne fait pas augmenter la connaissance, mais la qualité du doute ».

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