Les dangers de la ville

Un fait divers, une petite histoire comme on n’en lit plus dans les journaux parce qu’elles sont trop habituelles… sauf que…

Une jeune fille de douze ou treize ans a pris le train pour aller chez sa grand-mère, sauf qu’elle s’est trompée de train, ou a choisi de se tromper de train et est partie pour la grande ville. Que c’était beau la ville, parfois difficile de se nourrir mais tellement beau! Et puis c’était la fête, on pouvait danser. Après quelques jours, on l’a retrouvée morte écrasée par une auto. Triste histoire, mais pas si exceptionnelle. On ne saura jamais si c’est un accident, ou si elle a cherché à mettre fin à cette fête qui n’était pas faite pour elle.

 

Sauf que… sauf que notre jeune fille n’était pas une humaine mais une baleine. Une mégaptère dite baleine à bosse. Les plus belles, les plus enjouées, les plus chantantes, les plus dansantes des baleines. Elle était si jeune, deux ou trois ans. Les grands voyages sont fréquents chez les baleines adolescentes, mais deux ou trois ans c’est vraiment jeune pour partir si loin.

 

Elle est venue à Montréal, elle a dansé, et sa danse était si belle que tous les Montréalais l’ont applaudie, l’on filmée! Les télés et les radios ne parlaient que d’elle! Elle était si belle avec ses grandes ailes.

 

Sauf qu’une baleine, surtout une mégaptère comme elle, a besoin des siens, de la voix des autres mégaptères. Et dans un grand port comme Montréal, il y a beaucoup trop de bruits. Et après la joie de la découverte vient la grande peine d’être seule. La si grande peine d’être seule que la vie n’a plus de sens.

 

La baleine de Montréal a été frappée par un bateau. On ne saura jamais si c’est la tristesse d’être seule ou le bateau qui a tué la baleine.

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