Reprise: Souvenir de la Rêveuse

L'appel du Nord me fait souvent oublier que ce que je pense être le Sud, pour plusieurs c'est encore le Nord. Assez au Nord pour qu'une meute de grands loups puissent y vivre presque à l'abri des humains.

Pour les humains c'est le Parc des Hautes Gorges de la rivière Malbaie, allez voir ça vaut le coup. Pour tous les autres, c'est le domaine de Mahyelkati, celle qui a rêvé. Une mère de clan prudente parce qu'elle voit des humains presque tous les jours, mais confiante parce qu'il y a un pacte, les humains ne s'approcheront pas. Son domaine est particulièrement difficile, des falaises, des auges glaciaires, des plateaux qu'on dit alpestres, mais qui seraient plutôt Arctique. Pourtant, nous ne sommes qu'à 125 kilomètres de Québec.

J'étais avec deux amis Anish Nabé, et nous remontions cette rivière Malbaie qui est très douce la plupart du temps, mais avec de brusques colères qu'on ne traverse qu'en portage. D'habitude on campe avant le portage, pour être très en forme le matin pour l'effort que cela demande. Mes amis avaient insisté pour que nous passions et que nous allions un peu plus loin, après une courbe d'eau paresseuse. Je grognais un peu parce que j'étais fatigué, mais sur le lieu de campement j'ai compris, mes amis cherchaient le silence.

Après le repas, c'est le temps du conte, de se répéter les vieilles histoires, et d'en étudier les nuances et de réfléchir aux sens secrets, jusqu'à ce qu'il y en ait plus vraiment de sens, noyés que nous sommes dans le lien entre les mondes. Mais ce soir là, personne ne commençait à parler. Je grognais encore un peu, ne voulant ni briser le parfait silence du lieu par des mots futiles, mais désirant les lots des autres. Il n'y avait que le feu qui avait le droit de s'exprimer, et il ne disait que le mot paix. 

Triste de ne pas avoir de conte, j'ai pensé aller me coucher tout de suite,  mais soudain, très près à moins de 100 mètres, ce chant: 

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Il ne fut pas répété. Le silence continua pour de longues minutes, et un des vrais humains dit: Celle qui a rêvé, a parlé. Elle fait souvent cela, chanter seule, elle dit son poème à sa terre, et appelle les loups des terres lointaines à se joindre à elle. Elle est venu nous dire qu'elle nous acceptait si nous acceptions ses règles. 

Plus tard, la lune s'est levée. Et toute la meute de Mahyelkati à célébrer la Beauté du Monde, la joie d'être ensemble. C'était plus loin, à deux kilomètres peut-être, difficile de savoir dans cette vallée profonde où il y a des échos qui viennent de partout. 

Il n'y a qu'une vie, et j'en fait partie. 

Commentaires

1. Le lundi 12 décembre 2011, 15:13 par MoiCLouLou

Très joli ce texte, j'ai bien aimé et surtout ce chant. Où j'habite il y a celui des coyotes quelquefois l'été et on aime bien l'entendre.
Merci,
Louise