LA VOILE COMME UNE DANSE

Un vent de dimanche appelle cette reprise

L’avantage de vivre sur le bord d’un lac, c’est que quand j’en ai ma claque de travailler, je descends, je hisse les voiles et en moins de 3 minutes, je glisse sur le lac. Vous êtes jaloux? J’espère. Vous pouvez aller au cinéma quand vous voulez. Moi je danse quand je veux.

Je suis presque sûr que c’est la grande Chorégraphe Pina Bausch que la beauté de la danse était dans le risque de tomber. Tout est question d’équilibre, mais la beauté est sur le fin fil du rapport dans l’espace.

Un petit dériveur (un 420 pour ceux qui aiment) c’est un tas de bouts de corde, du tissu accroché à une perche sur un petit truc en plastique. Quand on le met à l’eau, c’est gauche et pataud comme un albatros, ses ailes sont beaucoup trop grandes pour son petit corps, ça se dandine sans pouvoir choisir une direction. Puis on tend un peu, et ça commence à vivre. On ne tend pas tellement les bouts que vers un objectif, trouver l’équilibre, le bon rapport entre le vent, la forme, la masse, la lumière, le goût, la vitesse, le plaisir, la musique que l’on cherche.

Maintenant on vise. On cherche un cap comme on choisit un rythme de danse, est-ce que je veux faire du largue, de la valse, du près, du tango, où si j’improvise, je cherche seulement à voler. Je choisirai de voler.

Le bateau est d’accord, il aime planer. Alors, on s’accroche, on s’accorde, on se lie. On respire ensemble en cherchant une vague, et puis quand nous sommes en accord, l’étrave se lève vers le ciel et la grande glissade commence. Pas de mouvement brusque, tout peut nous faire tomber. Mais il est évident qu’on vole, il est évident au silence devant qu’on ne touche plus l’eau, et puis le bateau chante. La dérive dans son puits vibre et cela fait un son grave qu’on sent dans tout le corps. Et puis la note monte, le bateau crie, s’époumone à dire sa joie.

Soyons francs. Au poids de la bête (moi) l’arrière du bateau reste à l’eau. Ce n’est pas de sa faute, mais je suis vraiment trop lourd pour ses petites ailes. Ne lui dites pas, il a tous les courages et espère encore m’amener au-delà du ciel.

Une risée vient. On lâche un peu les bouts, le bateau se penche quand même, je monte vite au rappel, trop lourd je tends un peu trop et tout se transforme en vitesse, la gite est extrême. C’est le moment magique où on doit tomber mais qu’on traversera parce qu’il n’est pas beau de tomber. Alors, on ira plus vite, l’effort sera encore plus grand, mais sans que cela paraisse parce que seule la grâce est jolie.

Équilibre, tension et souplesse c’est ça la danse, c’est ça la voile. On a pas à rester des heures sur ce plancher de danse qui bouge beaucoup. Très vite, tous nos muscles réclament une pause, c’est le temps de virer.

On est pas en course, alors je me permets une petite pause le nez dans le vent. On calme le cœur et le souffle, un tire un peu sur les bouts et c’est reparti. Un aller-retour par le travers du lac me suffit, 6 kilomètres, de cette tension c’est assez pour revenir à ma table avec un esprit neuf, et un grand sourire dans tout le corps.

 

Commentaires

1. Le dimanche 26 juin 2016, 17:49 par Sacrip'Anne

Que de souvenirs en 420 ! Merci pour cette reprise marine.

2. Le lundi 27 juin 2016, 10:18 par Bismarck

Quel beau texte! (Il manque le verbe dire, je pense, dans la phrase sur Pina Bausch.) Je comprends mieux pourquoi mon aîné aime tant la voile...

3. Le lundi 27 juin 2016, 11:25 par Gilsoub

Ah le 420un bon petit compagnon, même si je lui préférais le Vaurien ;-)