Mon ami perdu

Hier j'ai bu un thé avec mon ami, Kattuk. Billet pour ma cousine Nanouk qui comprend ce drame. 

Hier j'ai bu un thé avec mon ami Kattuk. J'ai été bien surpris de le trouver  sur le trottoir de la ville. Lui, le grand chasseur de phoque, lui dont la connaissance du Nord n'a pas d'égal, je me demande bien comment il peut survivre dans le béton de la ville. 

Je l'ai connu lors d'un long voyage sur la mer. Il dirigeait l'umiak très surement pour une longue marée noyée dans la brume, sachant où il était où il allait alors qu'on y voyait rien. Il a poussé durant 8 heures sur l'aviron, précis, régulier, sans paraître faire d'efforts, alors que moi, après trois heures, mes bras chauffaient, mon dos hurlait de douleur et mes mains saignaient. C'est vrai que je ne suis pas adapté à l'umiak, je suis trop grand, trop lourd. 

J'ai bu un thé avec mon ami Kattuk. Je n'en bois que rarement, mais j'essayais de comprendre, d'être avec. Nous n'avons pas beaucoup parlé, il ne parle pas vraiment ma langue, je ne parle pas la sienne qui n'est pas adaptée à dire ce genre de chose. 

On l'a amené en ville dans ce fameux hôpital qui fait des miracles, mais il n'a pas trouvé le chemin du retour vers chez lui. Il avait pourtant tenter de m'enseigner les signes que le vent laisse dans la neige, pour savoir où on est où on va. Mais comment lire ses signes sur le béton des villes? lui qui sait lire les étoiles... les étoiles des villes ne conduisent qu'au vide. 

Kattuk sur le toit du monde, sent les forces magnétiques, sait à l'humidité de l'air, où il est et comment retrouver les siens. Ici, il n'y a plus de repères, il n'y a personne dans ces foules. Kattuk se meure du cancer de la ville. 

Après le thé, je l'ai amené chez des amis qui peut-être pourront l'amener ailleurs... là où il pourra se retrouver. 

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