vendredi 12 mai 2006

Pohénégamouk

Pohénégamouk, mot malécite signifiant : la belle endormie. Il est important de comprendre que la principale division dans les langues alghonkiennes, est entre l’animé et l’inanimé, ce qui est vivant et ce qui ne l’est pas. Les notions de masculin et de féminin sont réservées aux choses de la sexualité. Pour dire « une fille qui se promène en canot » on utilisera l’animé neutre. Le fait d’utiliser l’animé féminin soulignerait qu’elle est désirable (ou enceinte jusqu’aux yeux). Alors, il ne suffit pas de traduire Pohénégamouk par « la fille qui dort » l’utilisation de « amouk » cherche à souligner l’agréable féminité de celle qui dort.

Google soulignera que ça s’écrit plutôt Pohénégamook, c’est simplement une graphie venue de l’anglais. Il n’y a pas de graphie de l’alghonkien, alors il n’y a pas d’orthographe. D'ailleurs, Google dira que ça s’écrit algonquien. Je lui répondrai de se mêler de ce qui le regarde, et que son usage ne correspond pas à l’usage de ceux de la forêt.

Google vous dira aussi qu’il y a un monstre dans le lac. Ne vous inquiétez pas, c’est simplement moi. La surprise et la crainte des gens de vois un ours polaire nager si loin du Pôle Nord dans le lac. J’essaie de faire attention parce que je ne veux pas effrayer les gens, mais forcément ils me voient de temps en temps.

Cela fait plus de 5000 ans que des gens viennent voir la belle endormie dans la montagne, je ne dois pas être le seul à avoir tenté de l’embrasser pour l’éveiller. Mais dans sa lente vie de montagne, notre agitation ne doit pas vraiment être perceptible. Bon grosse tentative de mettre une photo : espérant que ça marche

jeudi 11 mai 2006

Je veux aller à la pêche

C’est le meilleur temps pour la pêche. Dans le Nord, les divers moustiques sont encore gelés, et les arbres se couvrent de fleurs, la forêt vibre d’amour. D’accord, ce n’est pas l’abondance des fleurs des arbres à fruit, ni la beauté des magnolias. Simplement la brume rouge des érables, les minous des bouleaux et des peupliers qui se laissent deviner plus comme un espoir qu’une réalité, dans le silence des épinettes et des sapins.

J’irai avec mon fils, loin après la route. Il faut prendre un hydravion, pour aller à ce lac que très peu fréquentent, parce qu’il n’y a pas beaucoup de poisson, mais je connais un coin où les truites sont énormes. Après tout, je n’ai besoin que de trois poissons, un pour le dîner, un pour mon fils et un pour moi.

Ce repas sur une petite grève est toujours un des grands moments, il n’y a plus de vent sur le lac, le silence est parfait. Il ne faut pas parler parce que nos gestes simples en disent beaucoup plus que tous les mots du monde. Puis nous nous étonnerons de ce que l’hydravion ne revient pas, et nous construirons un abri pour la nuit. Au moment où le soleil se couche nous entendrons le grondement de la machine, nous préparerons le canot pour l’attacher sous la bête qui vole, il n’aura pas le temps d’attendre. C’est ce que je connais de plus près de la définition du bonheur.

Je veux aller à la pêche avec mon fils.

Chant de la beauté du Monde

J’étudie la balénolinguistique. Oui, oui les différentes langues baleines. Ne le dites pas trop fort, j’ai peur qu’étant fou à ce point-là, on enferme si cela vient aux oreilles des personnes sérieuses.

C’est que les baleines ont longtemps été des animaux terrestres qui sont retournés à la mer, pour faire dans l’eau une énorme chorale, un chant unique, où pourtant toutes et tous jouent une partie spécifique. Ce chant, les arbres l’amplifient, et qu’on le sache ou pas, il nous dit le temps qu’il fait, la continuité des choses, la valeur de l’amour.

Les cachalots ont pour rôle le rythme. Les grandes baleines ( bleues et communes) donnent le souffle, les mégaptères la joie. Les petites baleines et les dauphins traduisent localement le grand message. On peut se servir du chant un peu comme l’Internet. Mais ce ne sont pas des mots et des images qui y circulent, mais des émotions.

J’étudie surtout le mégaptère, c’est plus facile. Pour que le son porte le plus loin possible, les grandes baleines chantent très bas, loin en dessous de la capacité de nos oreilles. Les mégaptères ( baleines à bosses) plus petites (autour de 40 tonnes) chantent plutôt dans notre registre. Elles aiment beaucoup chanter.

Comme les autres baleines, les mégaptères peuvent émettre plusieurs sons en même temps, comme si nous avions plusieurs bouches. La plupart servent à l’écholocation. Savoir et dire où nous sommes et qu’est-ce qui nous entoure. Ensuite il y a le chant pour dire qu’on est bien ensemble, et que le monde est beau.

Voilà un tout petit exemple de la participation de mon amie Nutkat au chant de la beauté du Monde :

mercredi 10 mai 2006

Chronique de la beauté du monde

Nous mourrons. Cela me rappelle dans les années 70, des « experts » ont trouvé une solution pour développer le Nord. On tua les prédateurs de la harde de caribous de la Korsoak. Les Inuit pourraient exploiter le grand troupeau, vendre de la viande dans le Sud et sortir de la supposée misère.

De 15 000 têtes en équilibre, le troupeau explosa et comptait presque 70 000 en 1982. Il n’y avait pas de nourriture pour tous, un virus passa et l’année suivante il restait moins de 2 000 caribous, la survie était loin d’être assurée.

Il y a 7 milliards d’hommes sur terre. Grâce au charbon, en 1900, la population de la terre avait dépassé le milliard et demi, et l’économie du pétrole se mettait en place. En 1950, c’est plus de 2 milliards, maintenant il y en a 7 milliards.

Comme la harde de caribous de la Korsoak, l’effondrement est certain. Quand? je ne sais pas, l’échelle de temps de la vie n’a rien à voir avec celle des hommes. Mais les hommes auront dépensé en moins de 150 ans, la réserve de carbone que la terre avait mis 500 millions d’années à construire.

Pour l’homme comme pour tous les animaux, c’est la disponibilité de la nourriture qui détermine la taille de la population. Ce qui a permis cette croissance rapide c’est en 1950, la révolution verte : l’utilisation massive d’engrais azoté. L’utilisation de ces engrais, c’est une façon de rendre comestible le pétrole.

Le prédateur n’est pas au dessus de sa proie, il en est le serviteur. S’il ne surveille pas étroitement la santé de sa proie, c’est lui qui mourra. Pour maintenir l’équilibre, le prédateur ne doit prendre que ce qu’il y a de trop. La lutte, c’est la lutte pour la vie contre la mort, et cette exigence est mortelle.

Je suis un marcheur de l’espace contre le temps. Je veux dire la terre dans sa beauté, pour que l’équilibre revienne. Le prix à payer sera terrible, mais c’est le prix de la vie.

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