jeudi 1 juin 2006

La grive Arthur

Houla là, journée de fou. J’ai couru tout le temps et ce n’est pas encore vraiment terminé à 22 heures. En plus la chaleur écrasante, 33 degrés et une humidité horrrrible, très dure pour un ours. Heureusement, il y a des compensations, les filles ont changé les jeans de l’hiver pour des jupes minuscules et les pulls pour des petits bouts de tissus qui leur montrent plus que ne cachent la poitrine. Je suis un ours oui, mais je sais apprécier un beau paysage.

Je voulais parler des loups ou de la langue Eider. Non je n’ai pas le temps. Alors, je vais vous laisser avec mon ami Arthur. C’est une grive, donc il aime beaucoup chanter, mais pour confondre les prédateurs, il a appris à faire l’écho de son propre chant, si bien qu’on ne sait jamais vraiment d’où il provient. Comme la plus part des grands chanteurs, ce n’est pas un oiseau au plumage flamboyant, ce qu’il a à prouver, il le fait avec sa voix. Et dans son cas, pas de doute, ça suffit largement.

Il y a un truc, à la fin, je ralentis le chant pour qu’on entende bien la complexité, la subtilité de ce grand ténor.

mercredi 31 mai 2006

Nokosa et l'amour

Ha! Je suis tout content ! La Jeune Bergère (voir dans les grives) a dit qu’elle aimait cela quand je parlais d’amour. J’ai aussi reçu plein de courriels ( plus que 2) qui me disaient aimer la définition d’Opakoué. Wow! Ce que c’est chouette.

Pourtant, j’ai bien dit que c’était une idée de Nokosa, la douce fille de la joyeuse Nutkat, des baleines mégaptères qui tentent de m’apprendre ce qu’est l’amour. Par moi-même, je n’ai pas appris grand-chose. Je m’y suis jeté comme solution à tout et surtout à moi, espérant trouver une réponse à ce « je » criard, qui voulait le monde pour lui, l’amour pour lui, le bonheur pour lui. Forcément je n’ai pas trouvé. Je ne cherchais pas au bon endroit.

Pourtant, cette chère Nokosa est bien mêlée elle-même. Elle est en pleine crise d’adolescence, et veut comme ne veut pas un compagnon. A la fois très excitée et déprimée, heureuse et triste, enthousiaste et ... l'adolescence est une période beaucoup trop complexe et difficile, ça devrait être interdit aux enfants. Moi qui suis encore mêlé malgré mon age, je ne lui en ferai certainement pas le reproche.

Et d'autre part, c'est si vrai, c'est si grand, ce premier amour, le premier amour du monde. Sûr, que nos parents n'ont jamais vécu cela. C'est certain, ils auraient éclaté les pauvres, si faibles, si incompétents à comprendre devant ce Nouveau Monde qui commence maintenant.

Le peu que j’ai appris de ce Nouveau Monde, c’est qu’il n’avait pas de sens tant qu’il était à moi. Il faut accepter la responsabilité d’être vivant de participer à la vie, et que cela veut dire laisser éclater la frontière de ce « je », accepter de se joindre à la vie, de se laisser emporter par le puissant chant des baleines, le chant de la beauté du monde.

Ouaip! Ça ne résout pas vraiment nos problèmes quotidiens ce grand truc. Il y a des endroits où ça accroche sérieusement. Il faudra donc regarder c’est quoi ce « je » ce « nous », et puis la différences entre la société nomade et celle des agriculteurs, et puis la notion de père, la nécessité et puis la libération de la nécessité d’avoir des enfants… Il va falloir que je crée une nouvelle catégorie, et que nous en discutions tranquillement jusqu’à trouver la paix en nous.

mardi 30 mai 2006

Nokosa m’a dit : Pitopewin et Opakoué

J’ai promis des cours de la langue des grandes baleines, il serait temps que je m’exécute. Les baleines grâce à leurs fantastiques réseaux de communication entendent, « sentent », « perçoivent » beaucoup de sensations, de nos états d’âme, de l’état du Monde. Aussi nomment-elles les êtres et les choses à ce qu’elles « sentent » des êtres et des choses. Nous on les nomme à la naissance et on leur demande d’être leur nom, ce qui est un peu absurde. On nomme une chaise « chaise » alors que parfois c’est l’endroit où on est si bien après une journée de marche et que d’autres fois, c’est l’ennemi à battre pour pouvoir faire sa journée.

Alors lorsque Nokosa me parle, ma première recherche est de savoir de qui de quoi elle me parle. Quand elle m’a dit que Pitopewin me trouverait un chemin vers vous, j’avoue que ce n’était pas évident. Pitepowin, c’est l’action du feu qui crépite, qui produit des étincelles. Des personnes qui produisent des étincelles, j’en connais quand même quelques-unes. Mais quand j’ai su que la fille de Pitopewin avait pour nom « petite lumière » en Breton, l’évidence était là. Elle a su trouver un chemin vers vous.

Hier, j’avais le cœur troublé par un grand projet, complexe, mais je crois pertinent. J’ai demandé à Nokosa quoi faire et sa réponse fut : « demande à Opakoué, elle en sait vraiment plus que toi ». Mais qu’est-ce que peut-être Opakoué? Qui peut bien être Opakoué? À première vue, Opakoué est le locatif de Ekpahaque qui peut se traduire par : « La source ». Pour moi qui a été journaliste, demander à ma source c’est demander à 5000 personnes au moins…

Puis, je me suis souvenu du village d’Aupaque, c’est l’endroit où la marée monte le plus haut dans la grande rivière Wollustuk. L’eau douce vient de la source ( Opakoué est un locatif de la source même si ce n’est pas le lieu précis de la source) et s’oppose à l’eau de la mer. Donc le lieu où s’oppose et se joint ce qui vient du dedans à ce qui vient du dehors. Connaissez-vous une meilleure définition de l’amour?

Je crois savoir à qui je dois demander de l’aide.

lundi 29 mai 2006

L'Arctique aujourd'hui

Un ami ( Damien pour ne pas le nommer) m’envoie aujourd’hui un article du Monde. On y parle de la géopolitique de l’Arctique qui change très rapidement parce que la banquise disparaît. Mais comme toujours les données sont totalement dépassées par les faits. C’est vrai que de 1973 à 2003 la banquise a perdu en surface l’équivalent de 2 fois la France. Mais en 2004 et 2005 c’est encore une fois l’équivalent de la France qui est disparue.

J’aurais bien aimé vous mettre cette carte satellite pour bien montrer mais je n’ai pas trouvé le truc, alors tentez de l’ouvrir.

L’an dernier, le passage du Nord-ouest s’est ouvert à la navigation le 5 juillet. Cette année 38 jours avant, le canal du Bassin de l’Arctique de l’ouest et totalement libre de glace. La passe d’Igloulik est encore glacée ( parce que peu profonde), mais un cargo faiblement renforcé pourrait passer au Nord de l’Ile de Baffin par le Canal Lancaster, et sauvez 7000 kilomètres entre Amsterdam et Tokyo, ou Hong Kong, ou ShangHai… le passage du Nord-ouest est déjà une réalité, pas dans 10 ou 15 ans, maintenant. Combien de temps croyez-vous avant que les mêmes rafiots pourris qui se brisent régulièrement dans la Manche, là où il y a une surveillance intensive, aillent détruire ce paysage mille fois plus sensible que la Normandie?

Le gouvernement canadien parle de construire des brises-glaces capables de faire la surveillance là-bas. Comme cela prendra 7-8 ans avant que ces bateaux naviguent, continuez de parler un peu et nous n’en aurons plus besoin. L’Arctique est un désert très sec, et les grandes pluies du début du mois, nous démontrent que quelque chose est arrivé. Ce quelque chose, ce pourrait être le pergélisol qui fond et libère des quantités très importantes de méthane, gaz à effet de serre beaucoup plus efficace que le co2. Le processus d'accélération que craignent les scientifiques, ce pour quoi on négocie Kyoto, est peut-être déjà commencé.

Évidemment, si c’est le cas, quand on le saura, il sera trop tard. Oui, oui c'est vrai, je suis un grand inquiet, j'ai peur de tout et je crains toujours pour mes amis et pour ma mère la planète. Mais, c'est peut-être mon rôle de me ridiculiser en criant de faire attention...

dimanche 28 mai 2006

Ode à Koi-koi

C'est une petite histoire écrite l'été dernier. Mais l'appel des outardes hier m'a laissé un tel trou dans le coeur, qu'il me faut dire à Koi-koi que je me souviens, aussi bien que si c'était hier.

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samedi 27 mai 2006

Un appel pressant

Elle sait trouver tous les moyens pour me rejoindre

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jeudi 25 mai 2006

Manchot et Pingouin, rectification!

Les Manchots au Pôle Sud, les Pingouins au Pôle Nord, mais c'est quoi la différence

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mercredi 24 mai 2006

Le Sonnet de Maki

Maki dit :

Je suis rouge-orange comme mon amie

Si je la regarde, elle me sourit

Je n’aurai pas peur dans sa main

Frissonante et douce comme un calin


Je suis fort et grand comme mon amie

Je vole comme sa flèche, vif et précis

Je chante pour dire mon monde et ma joie

Elle chante, les fleurs s’ouvrent pour moi


Nous avons un monde à construire

La tâche est ardue le travail énorme

Mais assez de courage pour tout finir


Elle est si belle qu’elle veille ou dorme

Je changerai le monde pour son plaisir

Dans l’univers que son cœur forme

mardi 23 mai 2006

Des nouvelles du Nord-2

Le lundi, je voudrais vous transmettre ce que certains de mes amis ont vus là-bas

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lundi 22 mai 2006

La chanson des affamés

Quand on demande un truc à des oiseaux, il faut s'attendre à recevoir une réponse en "oiseau".

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samedi 20 mai 2006

Allons au bois, les loups y sont

Je ne suis pas là. Je suis au bois. Mon fils veut que nous allions nous retrouver, y vivre un peu ensemble. Belle excuse, comme s’il ne savait pas que c’est la meilleure façon de me rendre heureux.

Je m’excuse de ne pouvoir répondre à tous vos beaux commentaires, ( j’en veux, j’en veux), et je remercie Damien le chevalier de Doune, qui met ce billet en ligne. Mais soyez sûr je vais tout lire et probablement y répondre individuellement par courriel tellement cet échange m’est important. Oui c’est pour cela qu’on a un blog, pour faire des liens.

Je disais hier un peu pour provoquer : les loups sont gentils. Parce que dans le dictionnaire que j’ai à coté de mon ordino à gentillesse cela dit : Qui plaît par son respect délicat des convenances dans ses rapports avec autrui.

Oui allons aux bois parce que les loups y sont. Parce que les loups dans le très grands respects qu’ils manifestent de l’équilibre et de la vie, permettent à la forêt d’être dans sa riche complexité, dans sa beauté sereine.

Merci pour les joies de cette première semaine de blog. Je me trouve vraiment difficile à rejoindre… Il faudra que je trouve une solution.

vendredi 19 mai 2006

Allons aux bois, le loup n’y est pas

Dans la mythologie européenne, le loup, le loup solitaire, a le rôle du Mal. J’en comprends que cela fait tellement de temps que vous n’avez pas vu de loup, que vous n’avez plus aucune idée de ce que c’est, autant que la garrigue, ou le beau Danube bleu sont des idées totalement abstraites. Le seul Danube que j’ai vu est plutôt brun-gris.

C’est vrai d’autre part que tant les Alghonkiens, les Iroquois que les Inuit ont aussi leurs mythes sur les loups qui sont complètement à l’opposé des récits d’Europe. Le loup y est présenté comme le sage qui a appris à l’humain à vivre en société, la nécessité du nomadisme, et la richesse de l’amour. Nous ferons le tour de toutes ces idées, mais comme il faut commencer quelque part disons que le loup est gentil.

Tellement de gens du Nord prétendent avoir vu souvent cette histoire que je me demande si c’est une légende. L’Inuk ( un Inuk, des Inuit) vient de nourrir ces chiens de traîneau de gros morceaux de phoque gelés. Un loup s’approche espérant avoir un morceau. Les chiens font face, ils n’osent pas attaquer, mais se savent capables de résister en groupe. Tout à coup deux grands chiens espérant prendre un gros morceau se désintéressent du débat se regardent, grondent et pleins de haine, se sautent à la gorge.

Le loup avance attrape un des chiens par la queue et le tire hors de la zone de combat. Alors d’un silence méprisant, il explique aux chiens que cela ne se fait pas, qu’on ne peut être asocial à ce point.

C’est qu’il n’y a pas de loup solitaire, le loup ne survit pas seul. Non seulement parce que sa technique de chasse exige la meute, mais parce qu’il a encore plus besoin de relations sociales que de nourriture. Nous y reviendrons certainement en expliquant la vie des loups, puisqu’ils peuvent tellement nous apprendre sur la façon de vivre.

Oui, il arrivera qu’à la fin de sa vie, après la mort de son amour, après l’éclatement de sa meute, un loup ou une louve soit toléré plus qu’accueilli dans une autre meute et vive en périphérie d’une autre meute. Il participera à la chasse et au repas, mais ne pourra pas vraiment se joindre aux grandes cérémonies de la meute. C’est peut-être l’origine du mythe du loup solitaire.

Le loup n’y est pas, ce sont les loups qui y sont.

le mensonge global

je ne suis pas un scientifique, mon rôle n'est pas de démontrer mais de dire la Beauté du Monde. Il y en a quand même qui charie des tas...

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jeudi 18 mai 2006

Oukpialouk et Toulougat

Pour Théo à Vroumette qui connait bien Oukpialouk

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mercredi 17 mai 2006

Ornitho-linguistique : La mésange Annie

Avant, je n’étais pas un ours. Maintenant, je ne suis pas sûr d’être complètement un ours, mais j’apprends. C’est que comme grand prédateur, les ours ont de grandes responsabilités dans l’équilibre des choses, les ours doivent donc apprendre. Connaître les chants des oiseaux est très important parce qu’ils sont bien placés pour donner des nouvelles du Monde.

Plus tard nous pourrons discuter des différentes langues-oiseaux, des langues avec grammaires et sans grammaires, le montrer-cacher, les cultures régionales, etc… Mais que disent les oiseaux ? Bien comme tout le monde, on dit d’abord qui suis-je, comment suis-je, où suis-je, et tout de suite après « que penses-tu de moi? » comme si les autres n’étaient pas tellement occupés à savoir ce qu’on pense d’eux qu’il ne pense rien de nous.

Un exemple : ma vieille copine Annie la mésange ( parus atricapillus), parce que contrairement à la plus part des oiseaux, les deux sexes chantent également, qu’Annie chante tout le temps, avec un vocabulaire très étendu d’une trentaine de phonèmes, et qu’elle a beaucoup à dire.

Premier point : la taille n’a rien à voir avec la masse, la taille c’est dans la tête. On m’a dit qu’il était difficile de voir des éléphants dans la nature tant ces animaux sont discrets. Mais avec ces 10 grammes tout habillés, la mésange à tête noire est un gros oiseau. Absolument rien ne lui fait peur tant elle est sûre de sa rapidité et de son agilité, elle ne défend pas un territoire comme beaucoup de passereaux.

Si vous désirez apprendre à nourrir les oiseaux à la main, ce sera certainement le premier oiseau qui viendra vous voir. 3 ou 4 graines de tournesol noir dans la main, vous la tentez dans un parc et en moins de 3 minutes elle viendra voir. Si vous êtes en paix et calme, elle viendra voler une graine pour aller la manger sur une branche, après un peu d’apprentissages mutuels, elle se posera dans votre main. Les prédateurs sont tendus, elle sent et voit très bien si vous êtes tendus et vous évitera. Je me souviens d’une jeune fille de 6 ans à qui je montrais le truc, et qui de nervosité bougeait au mauvais moment. Après 4 ou 5 tentatives, la mésange est venue se poser sur sa tête et a voulu lui expliquer le principe d’un bon coup de bec.

Ce qui me rappelle un scientifique voulant démontrer que les oiseaux sont cons, a piègé plusieurs fois de suite la même mésange dans une immense cage bien camouflée, si bien que l’oiseau ne la percevait probablement pas. Cette expérience ne démontre rien au sujet des oiseaux, mais beaucoup sur certains scientifiques.

Au Nord de l’Amérique, il n’y a pas de jardin, de bosquet, de parc sans son chi-ca-di di-di, sans son piaillement d’agression pour pousser un gros oiseau d’un bon observatoire, sans ses réparties canailles aux autres mésanges. Mais si vous avez le cœur triste, elle viendra vous dire son ti-uuu ti-uuuu suivi d’un long silence : elle vous dit : « je sais … je partage ».

Si le son est accéléré (3 secondes au lieu de 6), vous pouvez essayer ce lien direct

mardi 16 mai 2006

Encore des baleines

En sortant le chien ce matin, je me suis fait vertement engueuler par une délégation d’oiseaux. Ils n’ont rien contre les baleines, mais il faut aussi que je parle des oiseaux. Excusez-moi amis à plumes, demain promis, je ferai un cours d’introduction à l’ornitho-linguistique. Mais il me faut encore parler de baleines, elles sont si importantes dans le lien qui nous unit tous et qui s’appelle la vie.

Il y a d’abord les cachalots. Des moines des profondeurs, méditatifs, strictes et sévères qui ont une conscience aigüe du temps. Grâce à la puissance extraordinaire de leur voix, ils maintiennent le rythme sans lequel les messages n’auraient pas de sens et la communication impossible. Et puis il y a les bleues, la plus grande bête ayant vécu sur Terre, la puissance vibrante, le souffle et l’appel de la vie. Les baleines communes qui n’ont rien de commun apportent la douceur, le fait qu’on peut se sentir bien en se laissant porter par le chant. Enfin, les mégaptères apportent la joie…

Lègeres ( que 40 tonnes) espiègles, rieuses toujours prêtes à jouer, elles sont la preuve que l’intelligence est sérénité, que la vraie beauté est dans l’équilibre des choses. C’est pour cela qu’elles dansent, qu’elles bondissent hors de l’eau, qu’elles jouent à qui fera le plus d’éclaboussures pour que la joie soit dans le chant du Monde.

Bien sur je ne peux pas nommer ici la part de chacun, parce que chacun à sa partie du Chant et que c’est un peu notre tâche de découvrir qu’elle est la notre, comment participer à notre manière sans fausser ni détruire l’harmonie et l’équilibre. Mais ma copine Isa l’épaulard m’en voudrait beaucoup si je ne parlais par de son chant qui est le plaisir du corps dans l’effort, le bonheur de sentir ses muscles réaliser, faire, se dépasser.

Bien sûr le capitaine du Sedna ne croit pas aux fadaises que je raconte. C’est un sérieux scientifique qui mesure, compte, et ne répète que ce qui est vérifiable. Pourtant dans un échange radio hier, il a raconté les 5 heures de conversation avec Apotom. Bien sûr elle a beaucoup joué, lancé de l’eau et fait des facéties pour mettre en confiance. Mais cette baleine du grand Sud qui n’avait presque jamais rencontré d’humains et jamais d’aussi près a voulu poser les deux questions qui lui tenaient à cœur : Pouquoi brisez-vous l’équilibre du Monde ? pourquoi tuez-vous vos semblables les baleines?

Merci

Plusieurs savent combien j’ai peur des mots, combien j’ai peur de cette langue française si difficile avec plein de règles farfelues et des sens qui ne sont pas les même des deux cotés de la mare aux canards. Parce que j’essaie de dire dans la nuance et la douceur, mais cela s’étale dans l’évidence d’une différence de point de vue. Nous sommes sur la même planète, mais je ne la sens pas de la même manière que votre télé.

Ce blog on me l’a presque imposé. On m’a demandé : qu’est-ce que tu veux? J’ai dis que je rêvais de beaucoup de blanc, qu’il fallait sentir le vent sur la neige, le noir et blanc et bleu du Nord, sans le vert de la vie. Parce que dans ce Nord, la vie est une exigence et qu’on en connaît le prix.

Ce « on » c’est d’abord Damien, le chevalier de Doune, je trouve que c’est un beau nom pour un prince charmant. Bravo! Merci ! tu as vraiment réussi à faire passer ce dont je rêvais. Ce « on » c’est aussi celle que ma copine Nokosa appelle « Pitopewin » un mot animé qui signifie l'action d'un feu qui crépite, lance des étincelles, distribue la lumière. C’est aussi la douce Milloraine et tous les autres qui insistaient depuis longtemps.

Ce blog, je vais essayer d’en faire ma petite part dans le grand Chant de la beauté du Monde. Je vais tenter de rendre évident, combien il est beau et combien il est urgent de le sauver de la destruction.

Il me faut dire merci aussi au 236 lecteurs de la première journée, à plus de 100 courriels d’encouragement, je pense que c’est un fichu bon départ.

lundi 15 mai 2006

Apotom dit sa tendresse,

À plusieurs, j’ai déjà conté ma rencontre avec Nutkat ( la danseuse) une baleine mégaptère ( baleine à bosse, Megaptèra navaeangliae, Humpback Whale) qui m’a un peu appris ce que c’est que l’amour, tant sa tendresse, son affection, était grande. J’ai parlé aussi de Nokosa, la fille de Nutkat, avec qui je veux aussi tomber en amour, mais qui pour le moment veut se faire désirer un peu. Dans le chant du Monde, les mégaptères sont responsables de la joie, il faut un peu d’exigence pour découvrir la joie.

Il y a des gens que je connais qui tentent de passer l’hiver en Antarctique, leur bateau amarré dans une petite baie. Ils ont des temps vraiment très difficiles, avec une dizaine de jours de pluie dans le dernier mois. De la pluie dans ce coin-là qui est un des plus secs de la Terre, de la pluie alors que lorsqu’il tombe quelque chose c’est de la neige, si quelqu’un doute encore des changements climatiques…

Mais dans tous ces problèmes, il y a aussi des joies. Une mégaptère est allé leur dire l’amour de ceux de la mer. Je reconnais les jeux, et je sens dans mon cœur, la formidable puissance de l’émotion quand une baleine nous dit qu’elle nous aime.

Je ne sais pas si les mégaptères du Sud parlent la même langue que celles du Nord. Mais celle du Nord appelle ce monsieur Apotom ( le curieux). Ils ont un site et un film qui montre la rencontre : c'est ici

Vraiment extraordinaire…

Des nouvelles du Nord

Bien sur le départ de la glace est un signe évident que le printemps s’en vient dans le Nord. Mais plus sur encore, c’est le retour des capelans. Ha! Les capelans, ces petits poissons d’argent d’une quinzaine de centimètres arrivent par banc de dizaines de millions pour frayer sur les grandes plages du golf Saint-Laurent. Pour améliorer les chances de reproduction, les capelans se jettent sur la plage, deux mâles pour une femelle et dans le temps entre deux vagues réalisent l’acte de vie, féconder les œufs.

Dans le coin de Sept-Îles, sur une cinquantaine de kilomètres et durant les 3 ou 4 nuits autour de la pleine lune de mai, pour les 2 heures de la pleine mer, le capelan roule. Chacune des vagues apporte dans un immense effort, plusieurs tonnes de ces petits poissons prêts à tous les sacrifices pour que la vie ait son sens : continuer.

Bien sûr cette frénésie amoureuse fait vibrer la mer et les baleines répètent le message que les arbres amplifient. Ne vous étonnez pas de vous sentir le cœur léger prêt à toutes les aventures, c’est le chant du Monde qui vous emporte.

Bien sur aussi, la loi de l’équilibre se met en marche. Il faut que la vie soit protégée. Les saumons qui chassaient les harengs près du Groenland, les baleines qui prenaient leurs vacances d’hiver dans les îles du Sud, d’un lointain sud, les oiseaux de partout, tous criant la vie, la vie, la vie, se précipitent au banquet.

4000 mouettes de Bonaparte aux Bergeronnes, 500 Kakawis à Rivière au Tonnerre, 600 Garot d’Islande traversant depuis Anticosti, et puis les baleines, des bleues, des communes, 10 mégaptères dansant avec les vagues, 15 petits rorquals dans un banc compact faisant route à toute vitesse, suivi de deux clans de bélougas, allons, c’est la fête du printemps.

Il faut en faire autant, partageons le pain, partageons nos mains, partageons nos corps, la vie est là.

dimanche 14 mai 2006

Toulougat et kajortok ( le corbeau et le renard)

J’ai souvent parlé de la grande Mahyénipigane, la mère de clan des marcheurs du fleuve Korsoak. Depuis plus de 20 ans, elle tient son liteau près de la grande chute. Toujours gardée par les plus grands et les plus beaux loups, qui courent à son appel, elle dirige et protège avec sagesse, un territoire grand comme le dixième de la France.

L’exceptionnelle longévité au pouvoir n’est pas la seule particularité de la grande dame. La louve partage avec Elisapi, la mère de clan des Inuit de la région, une langue qu’elles ont inventée pour s’entraider. Cet été, j’ai eu la chance d’accompagner la vieille femme dans sa visite annuelle à sa grande amie. Nous étions quatre pour ce petit voyage, deux solides canoteurs fils d’Élisapi, la vieille dame et moi pour l’aider à marcher.

Ce n’est pas bien loin, mais le courant est fort, surtout lorsqu’on approche de la chute. Aussi, nous prenons deux jours pour faire la vingtaine de kilomètres. La nuit passée dans la maigre forêt qui borde le fleuve, nous permet de faire la séparation entre le monde de maintenant et le monde des Inuits, qui n’a pas besoin du temps.

A cent mètres de la chute, le fort courant construit et défait une langue de sable qui protège un chenal calme. Cette plage est facile à aborder. Aussi débarqués, nous laissons là tout le matériel et nous allons sur la forêt, l’inuk s’appuyant lourdement sur mon bras, les deux hommes aux aguets, nerveux d’aller vers un danger sans entendre. L’énorme grondement de l’eau tombant du plateau couvre tous les sons, mais aussi sans sentir, le vent humide faisant tomber toutes les odeurs.

Il n’y a pas vraiment de sentier, mais Elisapi sait où elle va. La forêt assourdit bientôt presque tout le bruit de la chute et nous arrivons dans une petite clairière qui semble être le but du voyage. Rien, il ne se passe rien. Nous ne voyons rien, nous n’entendons rien, et pourtant je le sais, nous sommes vus, sentis, évalués. Cela rend les deux chasseurs extrêmement malaises. La mort pourrait bondir vers nous avant même de la voir.

On ne surprend pas un loup, il accepte de se montrer, de venir vers vous, mais jamais vous pourez le voir sans qu’il ne le sache. Je cherche partout, et puis je vois des yeux. C’est Illaquk, le premier gardien de Mahyénipigane, qui vient d’abord. C’est le plus grand, le plus beau, le plus puissant des grands loups du Nord. Il vient nous dire que nous ne pouvons rien tenter. Nous sommes cernés sur son terrain, et que nous ne vivons que parce que la sagesse de sa Dame en a décidé ainsi.

Parce que je l’ai déjà vécu, je sais que c’est un cérémonial, mais que c’est impressionnant. Les loups ne sont pas violents. Faire peur est une arme pour empêcher la violence. Maintenant l’atmosphère se détend et une dizaine de loups, la plus part assez âgés sorte d’entre les arbres en faisant volontairement du bruit pour bien montrer qu’ils viennent en paix. Nous sommes en présence de la cour de Mahyénipigane, elle apparaîtra bientôt. Oui, c’est elle qui se cache entre les deux vieux loups qui s’avancent, à sept pas ils arrêtent. Seule la louve fait 2 pas de plus et s’assoit, nous invitant à faire de même.

Elisapi me dit avec un sourire qu’elle est bien contente de s’asseoir, et que plus la Dame des marcheurs vieillit plus le cérémonial s’allonge. C’est de plus en plus dur pour la femme.

Les palabres commencent. Elisapi parle assez longuement dans une langue que je ne comprends pas, la louve lui répond. Puis, ce sont les deux chasseurs qui font de courtes phrases en Inuktitut que j’imagine être des salutations polies. Maintenant Mahyénipigane me regarde. Vite trouver quelque chose de pas trop imbécile à dire :

« Salut Grande Dame, votre choix de résidence montre bien votre ruse et votre grande sagesse, rien ni personne ne peut envahir votre territoire sans que vous le sachiez longtemps d’avance… »

Elle me répond. C’est drôle, c’est vraiment du loup, pourtant je la comprends très bien :

--Seul le dernier est rusé et sage. La première preuve de sagesse est de se méfier de sa ruse, et la première ruse est de ne pas se montrer plus sage que l’autre. Pour que tu entendes bien je vais te dire Toulougat et Kajortok ( le corbeau et le renard).

Depuis longtemps Kajortok désirait manger le rusé Toulougat. Pas que l’oiseau fasse un repas remarquable, mais si Kajortok pouvait mettre quelques plumes noires dans son pelage, il ferait la preuve que c’est lui, le plus sage et le plus rusé de la forêt.

Kajortok choisit avec attention une petite colline dont le sommet était sans arbre. Il s’étendit sur le dos fit le mort. Son imitation était vraiment réussie, mais le prudent Toulougat en a vu d’autres. En décrivant des cercles, Il descendit lentement cherchant à percevoir un mouvement du renard, mais il joue bien son rôle. L’oiseau noir se posa à l’arrière de Kajortok le plus loin possible des terribles dents. Le corbeau arrache quelques poils des fesses de la bête, aucune réaction. Il saute sur la partie molle du ventre, et arrache encore un peu de poil… Aoutch, Kajortok réussit à ne pas bouger malgré la douleur. Sur de son coup, Toulougat saute pour aller chercher la langue dans la gueule ouverte. On sait que c’est le meilleur et le plus accessible des morceaux d’une bête morte.

Aussitôt Kajortok referme le piège et se met sur ses pattes pour fuir. Le renard n’est pas stupide, il sait qu’il est beaucoup trop à la vue pour manger l’oiseau ici, sur la colline. Un plus gros prédateur viendrait lui voler ce qu’il a justement gagné.

Il descend donc vers la forêt, quand il entend : -« tu as une lumière dans le ventre », -« Quoi? » répond-t-il? Mais Toulougat était prêt, dès que le renard desserra les dents, il s’envola…

Le corbeau ne nargua pas le renard, le danger est trop grand que le renard tente de se venger par une ruse encore plus grande. Il est sage Toulougat.

Aussi apprend « grands sourcils », que celui qui se pense rusé trouvera plus rusé que lui. Et le sage n’est sage que vivant, mort il est aussi stupide que les autres.

Me laissant à mes réflexions, elle s’adressa à Elisapi dans leur langue inventée que je ne comprends pas.

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