Le Harfang et l'oie

Un texte que j'avais écrit il y a longtemps pour l'anniversaire d'une copine. Je vais le ré-écrire pour une jeune dame. J'espère qu'elle aimera.

Jeune, le puissant Oukpialouk se cherchait une compagne. Lui! Le plus puissant des oiseaux, le plus beau, celui dont le seul regard terrifie ses proies, toutes les oiselles du Nord se battraient pour obtenir ses faveurs.

Oukpialoukblog.jpg, mai 2016

Il courtisa donc une jeune et jolie perdrix qui lui dit : Hou! Tu es trop laid! Tu as les jambes courtes et un gros corps, tu n'as même pas de cou, jamais je serai ton amie. Oukpialouk déçu porta ses efforts vers une très jolie sterne. Elle lui dit : « Tu es beaucoup trop lent pour moi, moi je vole vers les sommets, je veux aller très haut dans le ciel, tu ne seras qu'un boulet pour moi ». Triste, il se rendit sur la plage pour rencontrer une Tournepierre. Sa réponse fut sans équivoque: « qu'es-tudis qu'es-tudis, vite, vite, j'ouie pas j'ouie pas vite vite »...

En désespoir de cause, il tenta même de montrer ces charmes à une lapine qui détalla à toute jambe, après tout son nom en suédois ça veut dire : le tueur de lapin. Rien à faire, il décida de faire un voyage vers le Nord, un Nord si Nord qu'il serait seul et pourrait méditer sur sa pénible condition.

Dans son vol, il remarqua une oie blanche particulièrement belle, que la mue d'été dénudait beaucoup, mais qui n'en restait pas moins gracieuse, élégante et ...en un mot exquise. Ayant compris beaucoup, il délaissa son orgueil se posa près d'elle.

-- Madame Nirlinaq, la plus belle des oies des neiges, je voudrais votre amour. Je ne suis pas le plus rapide, je ne suis pas le plus beau, mais si je suis le plus fort ce ne sera que pour protéger votre nid des importuns. Et puis je peux faire rire aussi.

La-dessus il fit une révérence que sa silhouette trapue rendait comique. Nirlinaq fut toute de suite charmée par ce mâle qui ne se prenait pas pour le nombril du monde, et préférait la faire rire plutôt que de parler de lui. Cependant, un doute subsistait elle dit:

--Toi tu es fort et tu résistes à tous les temps, mais moi je dois fuir l'hiver et voler vers des cieux plus cléments. Pour cela je traverse une large mer et quand je suis fatiguée je me pose sur l'eau pour me reposer. Toi qui ne flotte pas que feras-tu pour me suivre?

Oukpialouk n'avait pas de réponse, il n'essaya pas de dire qu'il était capable de tout ou qu'il était le plus fort. Il se contenta de répondre que son amour était déjà très fort et qu'on ne pouvait pas tout prévoir. Oui, il ferait la longue route avec elle, et trouverait une solution le moment venu.

Après un très bel été, ce fut l'automne et le temps du voyage. Même s'ils avaient dormi sur le rivage, la grande mer ne pouvait se traverser d'un seul coup, et l'oie se posa pour se reposer. Oukpialouk qui ne pouvait faire de même, se posa sur elle...

C'est clair pour moi, que c'est deux-là ne survivront que s'ils s'aiment, et c'est tout le bonheur que je leur souhaite.

Fil des commentaires de ce billet