Brume de mer

Encore

L'estuaire du Saint-Laurent est par définition, l'endroit où l'eau du grand fleuve se mélange avec l'eau de la mer. Quand les différences de température de ces deux masses d'eau sont importantes, ça fait de la brume. Si on aime pas la brume, vaut mieux ne pas aller dans les mers du Nord.

Si on descend jusqu'au détroit de Belle-Isle, la brume arrive fin septembre, et il n'y a que le froid de janvier pour la faire disparaître, quand le froid réussit à couvrir la mer de glace pour qu'elle dorme jusqu'au printemps. Mais je ne vais pas si loin, tout près même Cacouna, ce n'est que la porte Nord de la maison de la Belle Endormie.

Oui, il y avait de la brume hier. C'est pas une raison pour ne pas sortir surtout que la mer est calme, qu'on entend à des kilomètres comme si c'était à coté, que l'odeur du varech me nettoie l'intérieur de tout ce que l'hiver m'avait contaminé de renfermement, de mesquinerie, de contemplation de mon nombril comme centre du monde. Dans la brume, il faut accepter d'être en elle, avec elle, se laisser aller à s'étendre dans l'espace et à faire partie du monde. Toute résistance à cette dissolution n'est qu'une source d'angoisse de plus, la preuve irréfutable que je n'ai pas d'importance dans le grand courant de la vie. Une fois cette réalité acceptée, que la brume est belle.

Évidemment, je n'ai pas vu grand-chose de la mer. Les bélugas sont venus en grands nombres faire un bout de route avec nous pour le plaisir... partout des phoques curieux qui tentent de voir qui est assez fou pour tenter de voir à travers la brume. Et puis tous ces canards de mer qui protestent parce qu'on les dérange... De fait la seule solution est d'arrêter le moteur, pour voir qu'il n'y a pas de silence, mais tant de petits bruits, de flacotements, d'appels et de réponses... qu'on voit la vie, et après tout, c'est ce qu'on voulait voir. D'ailleurs, on sent que la mer se ride, le coup de vent annoncé s'approche, il vaut mieux rentrer.

Je n'ai pas trouvé « flacoter » ni flacotement dans les dictionnaires, mis ce bruit n'est pas un clapotement, ni un tapotement, alors comme flac existe, je décrête ces mots existants. Si un académicien n'est pas d'accord, cela va me faire plaisir de me le servir comme déjeuner. C'est vrai, il y a le Poète Raoul Duguay qui a écrit dans l'Art de respirer la Beauté du Monde : « --Bien sûr, quand je fais le flacotement bilatéral de mes babines, c'est bucalement étonnant et joyeutalement le fonne,... »

Oui la brume c'est comme le désir. C'est un frisson froid sur la peau qui provoque le besoin de se précipiter dans les bras de l'amour pour sentir jusqu'où on peut s'étendre... C'est le mélange des sens et l'aveuglement qui fait qu'on peut tomber... tomber en amour.

Commentaires

1. Le lundi 27 décembre 2010, 13:42 par Claude

Magnifique ce texte :-)))
bise