Reprise-- une chose que je sais

Un billet qui n'avait provoqué qu'un seul commentaire. Peut-être que c'est trop compliqué, mais je re-tente quand même, parce que l'analyse à partir de l'espace, c'est vraiment une autre façon de voir le Monde.

La question de Meerkat et DDC précise: « même si tu sais que tu ne sais rien ». Oui, les gens qui me lisent depuis un certain temps savent que l'épistémologie est au centre de ma réflexion. C'est quoi savoir? Bon, je vais essayer de ne pas être trop compliqué.

Pour savoir quelque chose, il faut savoir ce qu'est savoir. Non, je ne citerai pas Kant, sauf qu'il est important de comprendre que ce qu'on appelle le « savoir » est un ensemble de constats qui ne sont pas lié à ma perception, mais plutôt lié à ma culture. Voilà une petite phrase qui occupe les universitaires depuis un certain temps, et tenter de résumer ce débats, prendrait des pages et des pages on ne peut plus ennuyeuses.

Pour être simpliste jusqu'à déformer, disons qu'en Occident le débat se passe entre les « modernes » et les « post-modernes ». Pour les Modernes « je » peux par la réflexion et la science atteindre à un niveau de certitude suffisant pour agir sur le monde. Pour les Post-modernes, Hitler et l'holocauste ont fait la preuve de l'échec du projet Moderne, je ne peux savoir qu'à partir de mon point de vue, il n'y a plus rien de vrai. C'est une démarche essentiellement inscrite dans l'Histoire ( les mots pour dire le temps). Je sais il faudrait écrire un livre pour justifier cette petite phrase, nous laisserons cela aux universitaires.

Pour ma part, je tente de comprendre à partir de l'espace. Il y a des états du monde qui se mesurent avec une échelle, et selon l'échelle, la vérité change. La distance que marche une fourmi qui doit faire le tour du caillou n'a rien à voir avec la distance du pas de l'homme qui doit faire le tour du lac, ni de celle de l'oie, qui doit compter avec les vents pour se déplacer. Dans cette façon de voir, les évènements (avant qu'ils deviennent des mots dans l'Histoire) sont les cailloux de la fourmi, des emmerdements qui ne changent pas la vérité de l'ensemble. Pour l'oie, je suis un emmerdement qui ne change rien à la réalité du vent.

La première conclusion, c'est que je lis de la carte ne m'implique pas de la même manière. Le lac est là, que je décide où non d'en faire le tour, même à mon échelle, je n'ai pas d'importance. Il arrive des évènements, mon pied enfonce dans la boue et crée une énorme vallée pour la fourmis, le volcan empêche l'oie de suivre le vent. L'évènement récent le plus important sont les clôtures. Je ne peux plus marcher parce que l'autre dit qu'il est propriétaire de l'espace, qu'il peut donc en user et en abuser. Et l'oie qui s'y pose lui appartient.

D'accord, il y a des mécanismes pour gérer ensemble l'espace. Municipalités, régions, états en font parti. Mais ils ont pour bases non pas la gestion de l'espace, mais la protection de la propriété privé ( le fondement du droit). Aussi ces mécanismes ne s'intéressent jamais à l'ensemble du territoire. C'est cette absence du point de vue globale qui est à l'origine du dérèglement actuel de la Planète et qui cause la disparition de la vie.

Ce n'est pas un évènement qui cause le changement. Je peux abuser localement, l'ensemble rétablira l'équilibre. Mais d'abuser globalement détruit globalement.

Je sais donc que je n'ai pas d'importance, que mon point de vue n'a pas d'importance, que seule la vie importe, que je dois me battre globalement pour que la vie continue.

Commentaires

1. Le dimanche 10 août 2008, 15:57 par Saveur

Tu es un peu plus exigeant que les jeux de plage des magazines, mais soit !
Je ne sais pas bien quelle relation entretiennent le savoir et la vérité. Ce qui m'apparait c'est que si je pose une vérité, unique, cela incite plutôt les gens à se fiche sur la tronche, à être prosélyte, à vouloir convaincre tout le monde du bienfondé de ce qu'on pense être vrai, à trucider tous ceux qui ne pensent pas pareil. Et l'histoire regorge des conséquences terribles de ces batailles de puissants de tout poil. Sans aller très loin, cela pullule aussi dans les familles autour du "c'est pour ton bien que je fais cela, à savoir je sais mieux que toi ce qui est bon pour toi"
Si je pose la vérité comme relative, médiate, circonstanciée, culturelle, j'ai l'impression que ce n'est pas très loin de ton approche par l'espace. Ce qui est vrai pour moi aujourd'hui peut ne plus l'être demain. Sans doute est-ce proche avec ce que je sais.
Je te rejoins totalement sur l'absence de vision globale, systémique, holistique, on prend le mot qu'on veut, c'est à peu près la même chose. Et qui conduit de fait à une déresponsabilisation.
Difficile au premier abord de faire le saut que tu proposes, de travailler pour la vie, à fond, sans aucune illusion (sans ego), globalement. Là où je "lâche" dans ton raisonnement, c'est qu'agir globalement je ne sais pas ce que cela veut dire, concrètement à mon échelle. Je peux agir localement, je peux agir localement en réseau avec d'autres pour agir sur les structures qui gèrent l'espace, mais au delà de cela, ou à côté, agir globalement à mon échelle insignifiante d'humaine lambda, ce serait quoi ?

2. Le dimanche 10 août 2008, 18:38 par Nanouk

La question que tu poses, c'est surtout celle de l'intérêt collectif vs. les intérêts particuliers, surtout, non?
Dans ce monde où on a tant mis l'accent sur les intérêts particuliers, comment puis-je comprendre ce qu'est l'intérêt collectif d'abord, puis en admettant que je l'ai défini (oui parce que Saveur a raison, qu'est-ce que l'intérêt collectif à mon échelle?), faire comprendre aux gens qu'il prime sur leurs intérêts particuliers même quand il semble s'y opposer (il semble, parce qu'en l'occurrence, les gens ne se rendent pas compte que c'est de leur survie qu'il dépend, et pas uniquement de leur "bonheur")?
Bref, si tu comptes faire comprendre tout ça au commun des mortels, euh, ben, bon courage, y a du boulot :)

3. Le dimanche 10 août 2008, 23:02 par Lydie

"abuser globalement" oui, c'est, hélas ce que nous faisons pour la plupart!... Comme les moutons de Panurge, nous "suivons"
le mouvement, les modes. Nous sommes "pris" dans le courant. Mais des esprits courageux prennent la parole, des hommes
réagissent, s'insurgent, la preuve: ton blog moukmouk! La tendance peut s'inverser, non? On parle, on pense de plus en plus écologie, le Bio est à la mode... Bon, je sais, on ne devrait faire QUE du bio, et l'écologie devrait être LA priorité, mais cela va venir, non?
La nature est généreuse, nous avons sûrement encore une chance Moukmouk, je crois encore en l'homme, surtout quand tu le représentes:o)

4. Le dimanche 10 août 2008, 23:31 par Moukmouk

Lydie--) merci de ta confiance, Le discours de la Méthode a 371 ans, 371 ans de destruction et d'aveuglement. C'est rien dans la vie de la Terre, nous survivrons.

Nanouk--) je ne dois pas être si obscur, tu as parfaitement compris. Sauf que c'est encore plus leurs bonheur que leurs survie qui est menacé par l'erreur de croire que l'individu, le Je de Descartes est au centre du monde.

Saveur--) tout à fait d'accord avec toi, la Vérité ( avec un grand V) me fait encore plus peur que les dictateurs. Sauf que de prétendre que mon point de vue, qu'il y a "mon échelle", et qu'il peut être d'une quelconque pertinence... c'est là qu'on se plante. L'échelle est forcément celle d'un (petit? moyen?) groupe. et c'est cela que je ne suis pas capable de définir actuellement. Je vais tenter de faire un billet à-dessus.

5. Le dimanche 10 août 2008, 23:56 par bey

ou la la Je crois que j'y reviendrai mais à stheure j'ai plus les neurones en face les uns des autres . Il me semble juste que ç'est importnt de s'y pencher enfin je crois que e suis la fourmi qui se retrouve brutalement au bord du gouffre ...
On devrai quand même regarder où s'qu'on met les pieds ...
pff et en plus il faut que je fasse un super dure soustraction : voila mon argument pour inciter mes enfants au calcul mental "comme ça tu pourras écrire sur le blog de moukmouk!"

6. Le lundi 11 août 2008, 07:38 par marianne68

Comme quoi tu as bien fait de revenir sur le sujet puisque , si j'ai bien vu , tu as plus de commentaires que la première fois . Je ne sais si je sais et si je souhaite convaincre mais le fait de vouloir le faire me donne les arguments pour convaincre et me convaincre que ce que je fais est bien pour un petit nombre dont je fais partie .
Il me semble que se battre globalement pour que la vie continue passe par mes croyances , ma satisfaction personnelle , mes idées forgées auprès des autres et mes engagements . Je ne cherche pas à avoir raison , je souhaite juste le matin avoir envie de vivre la journée qui m'est offerte le mieux possible et surtout en avoir les moyens . Alors que d'autres puissent le faire aussi , m'importe et si je peux mettre mes idées en rapport avec mes actions ..... . Agir globalement en définitive je ne sais pas trop , ne pas être indifférente et passive oui ....