Une inquiétante marée rouge

Une grande marée dans l'estuaire du Saint-Laurent : les oiseaux, les poissons et les baleines meurent en grand nombre. Ce n'est pas totalement nouveau, mais la taille de l'évènement est exceptionnelle.

Des marées rouges, il y en a chaque année dans le Saint-Laurent. On interdit pour quelques jours la cueillette des mollusques, et parfois on trouve deux oiseaux morts, et puis ça passe. C'est la façon que Mère Nature a trouvé pour recycler les gros apports de nitrates dans l'eau de mer.

Les nitrates sont absolument essentiels à la croissance des plantes. Pour avoir cet azote, 80% des plantes s'associent un champignon spécifique à chaque espèce, les mycorhizes, qui rendra l'azote assimilable pour la plante. Les légumineuses sont particulièrement efficaces dans ce travail. Quand il y a de fortes pluies, une partie de ces composés azotés se retrouve à l'eau et comme rien ne se perd, c'est consommé tout de suite par les algues. Cette année, il pleut beaucoup alors il y a de l'azote dans l'eau, et il y a des algues.

Sauf qu'il y en a vraiment beaucoup. La plaine que draine le Saint-Laurent est largement occupée par la culture du maïs. Je l'ai dit souvent, le maïs n'est pas une plante qui peut pousser librement dans la nature, il lui faut des apports supplémentaires d'engrais azotés. Cette année, le prix des céréales étant très élevés, les agriculteurs ont mis plus d'engrais que par les années passées, la seule façon d'augmenter rapidement le rendement des sols. Mais il a énormément plu, alors plutôt que de servir à la croissance du maïs, ces engrais azotés se sont retrouvés à la flotte.

Il faut attendre d'atteindre que l'eau soit suffisamment salée pour que les algues se développent en très grandes quantités... Cette année c'est plutôt autour de Cacouna, en plein dans la pouponnière des bélugas du Saint-Laurent. C'est logiquement en aval, entre Trois-Pistoles et Rimouski, qu'on mesure les dégâts. Un grand nombre d'oiseaux, surtout des cormorans, des phoques, et jusqu'à présent au moins 4 et peut-être jusqu'à 8 bélugas, sont morts d'une intoxication très caractéristique, la toxine bloque le système nerveux et l'animal meure étouffé.

Ça fait déjà une dizaine d'années qu'on se préoccupe de la question et on a mesuré qu'en moyenne c'est 80% de l'azote disponible qui provient des usines d'engrais pour l'agriculture. Cette année ce sera plutôt autour de 90%.

Et voilà, comment notre tentative de nourrir la Planète est en fait une tentative de suicide. Vous pouvez bien manifester contre l'utilisation des engrais chimiques, mais alors c'est 60% ( de 40 à 75 selon les études) de la production alimentaire qui va disparaître, et il faudra que deux ou trois milliards d'humains disparaissent. Je ne sais pas quoi faire...

Commentaires

1. Le jeudi 14 août 2008, 19:02 par TT02

Ce qui est difficile à comprendre c'est pourquoi les autorités ou les professionnelles de l'agriculture ne font rien. Ils ne peuvent qu'en avoir concience après ce genre d'évènement.

2. Le jeudi 14 août 2008, 21:33 par Saveur

A moins de radicalement tous changer de mode d'alimentation et diminuer drastiquement notre conso tout court, et notre conso de viande en particulier, je ne vois pas de piste d'espoir. Et comme de toutes façons la population humaine continue de croitre....
Cela n'empêche que cette marée rouge est très désolante, d'un coté de fabuleuses explosions de planctons et un grand banquet joyeux, de l'autre côté, mort et désolation. Etrange coexistence !

3. Le vendredi 15 août 2008, 08:18 par Amsides

Un vrai dileme cette marée rouge.. tuer des oiseaux, des bélugas ou tuer des hommes.
Je pense que bcp sont quoi toi et ne savent pas quoi faire...

4. Le vendredi 15 août 2008, 11:26 par Fauvette

C'est accablant, et hélas universel : en France, la moindre rivière est polluée, sale. Décourageant.

5. Le vendredi 15 août 2008, 13:36 par Marloute

Je crois qu'un rapport de la FAO te contredit Moukmouk : l'agriculture biologique, sans aucun engrais, diversifiée et adaptées à chaque milieu et petit groupe autogéré, pourrait nourrir la planète entière et au delà, jusqu'à 12 milliards d'individus. Il faudrait que je retrouve ce rapport.... Je crois qu'il est sorti l'année dernière, mais c'est un vrai pied de nez à l'industrie chimique! Etonnant, d'ailleurs de la part de la FAO. Je ne sais as sur quoi ils se basent pour avancer cela.

6. Le vendredi 15 août 2008, 17:12 par Moukmouk

Marloute--) oui j'aimerais bien que tu me trouves cette sources parce que c'est en contradiction avec tout ce que je connais. Il y a quand même une nuance, ce serait peut-être possible en mobilisant 40 à 50% de la population vers l'agriculture, parce qu'il faut biner et bêcher. Mais on imagine facilement le changement majeur dans la vie.

Fauvette--) Triste le résultat des pratiques agricoles.

Amsides--) Il faudra se rendre compte qu'il n'y a peut-être plus de solutions.

Saveur--) Il y a une relation, les algues rouges libèrent leurs toxines quand elles meurent, si on pouvait manger tout le plancton qui vit, nous n'aurions pas le problème.

TTo2--) parce que ça signifierait des pertes économiques énormes, et une pénurie alimentaire sans précédent.

7. Le dimanche 17 août 2008, 12:06 par Saveur

L'édito du Monde sur les mers mourantes, à lire sur le sujet, c'est tout à fait complémentaire, pourquoi "diminuer l'utilisation des engrais et des produits phytosanitaires" :
www.lemonde.fr/opinions/a...