Ma version du Corbeau et du renard

Oui, c'est une reprise. Mais je vais conter ce soir un pot-pourri autour de la grande Mahyénipigane. Je pense bien insister sur ce texte, un des premiers que j'ai écrit pour le blogue.

J’ai souvent parlé de la grande Mahyénipigane, la mère de clan des marcheurs du fleuve Korsoak. Depuis plus de 20 ans, elle tient son liteau près de la grande chute. Toujours gardée par les plus grands et les plus beaux loups, qui courent à son appel, elle dirige et protège avec sagesse, un territoire grand comme le dixième de la France.

L’exceptionnelle longévité au pouvoir n’est pas la seule particularité de la grande dame. La louve partage avec Elisapi, la mère de clan des Inuit de la région, une langue qu’elles ont inventée pour s’entraider. Cet été, j’ai eu la chance d’accompagner la vieille femme dans sa visite annuelle à sa grande amie. Nous étions quatre pour ce petit voyage, deux solides canoteurs fils d’Élisapi, la vieille dame et moi pour l’aider à marcher.

Ce n’est pas bien loin, mais le courant est fort, surtout lorsqu’on approche de la chute. Aussi, nous prenons deux jours pour faire la vingtaine de kilomètres. La nuit passée dans la maigre forêt qui borde le fleuve, nous permet de faire la séparation entre le monde de maintenant et le monde des Inuits, qui n’a pas besoin du temps.

A cent mètres de la chute, le fort courant construit et défait une langue de sable qui protège un chenal calme. Cette plage est facile à aborder. Aussi débarqués, nous laissons là tout le matériel et nous allons sur la forêt, l’inuk s’appuyant lourdement sur mon bras, les deux hommes aux aguets, nerveux d’aller vers un danger sans entendre. L’énorme grondement de l’eau tombant du plateau couvre tous les sons, mais aussi sans sentir, le vent humide faisant tomber toutes les odeurs.

Il n’y a pas vraiment de sentier, mais Elisapi sait où elle va. La forêt assourdit bientôt presque tout le bruit de la chute et nous arrivons dans une petite clairière qui semble être le but du voyage. Rien, il ne se passe rien. Nous ne voyons rien, nous n’entendons rien, et pourtant je le sais, nous sommes vus, sentis, évalués. Cela rend les deux chasseurs extrêmement malaises. La mort pourrait bondir vers nous avant même de la voir.

On ne surprend pas un loup, il accepte de se montrer, de venir vers vous, mais jamais vous pourez le voir sans qu’il ne le sache. Je cherche partout, et puis je vois des yeux. C’est Illaquk, le premier gardien de Mahyénipigane, qui vient d’abord. C’est le plus grand, le plus beau, le plus puissant des grands loups du Nord. Il vient nous dire que nous ne pouvons rien tenter. Nous sommes cernés sur son terrain, et que nous ne vivons que parce que la sagesse de sa Dame en a décidé ainsi.

Parce que je l’ai déjà vécu, je sais que c’est un cérémonial, mais que c’est impressionnant. Les loups ne sont pas violents. Faire peur est une arme pour empêcher la violence. Maintenant l’atmosphère se détend et une dizaine de loups, la plus part assez âgés sorte d’entre les arbres en faisant volontairement du bruit pour bien montrer qu’ils viennent en paix. Nous sommes en présence de la cour de Mahyénipigane, elle apparaîtra bientôt. Oui, c’est elle qui se cache entre les deux vieux loups qui s’avancent, à sept pas ils arrêtent. Seule la louve fait 2 pas de plus et s’assoit, nous invitant à faire de même.

Elisapi me dit avec un sourire qu’elle est bien contente de s’asseoir, et que plus la Dame des marcheurs vieillit plus le cérémonial s’allonge. C’est de plus en plus dur pour la femme.

Les palabres commencent. Elisapi parle assez longuement dans une langue que je ne comprends pas, la louve lui répond. Puis, ce sont les deux chasseurs qui font de courtes phrases en Inuktitut que j’imagine être des salutations polies. Maintenant Mahyénipigane me regarde. Vite trouver quelque chose de pas trop imbécile à dire :

« Salut Grande Dame, votre choix de résidence montre bien votre ruse et votre grande sagesse, rien ni personne ne peut envahir votre territoire sans que vous le sachiez longtemps d’avance… »

Elle me répond. C’est drôle, c’est vraiment du loup, pourtant je la comprends très bien :

--Seul le dernier est rusé et sage. La première preuve de sagesse est de se méfier de sa ruse, et la première ruse est de ne pas se montrer plus sage que l’autre. Pour que tu entendes bien je vais te dire Toulougat et Kajortok ( le corbeau et le renard).

Depuis longtemps Kajortok désirait manger le rusé Toulougat. Pas que l’oiseau fasse un repas remarquable, mais si Kajortok pouvait mettre quelques plumes noires dans son pelage, il ferait la preuve que c’est lui, le plus sage et le plus rusé de la forêt.

Kajortok choisit avec attention une petite colline dont le sommet était sans arbre. Il s’étendit sur le dos fit le mort. Son imitation était vraiment réussie, mais le prudent Toulougat en a vu d’autres. En décrivant des cercles, Il descendit lentement cherchant à percevoir un mouvement du renard, mais il joue bien son rôle. L’oiseau noir se posa à l’arrière de Kajortok le plus loin possible des terribles dents. Le corbeau arrache quelques poils des fesses de la bête, aucune réaction. Il saute sur la partie molle du ventre, et arrache encore un peu de poil… Aoutch, Kajortok réussit à ne pas bouger malgré la douleur. Sur de son coup, Toulougat saute pour aller chercher la langue dans la gueule ouverte. On sait que c’est le meilleur et le plus accessible des morceaux d’une bête morte.

Aussitôt Kajortok referme le piège et se met sur ses pattes pour fuir. Le renard n’est pas stupide, il sait qu’il est beaucoup trop à la vue pour manger l’oiseau ici, sur la colline. Un plus gros prédateur viendrait lui voler ce qu’il a justement gagné.

Il descend donc vers la forêt, quand il entend : -« tu as une lumière dans le ventre », -« Quoi? » répond-t-il? Mais Toulougat était prêt, dès que le renard desserra les dents, il s’envola…

Le corbeau ne nargua pas le renard, le danger est trop grand que le renard tente de se venger par une ruse encore plus grande. Il est sage Toulougat.

Aussi apprend « grands sourcils », que celui qui se pense rusé trouvera plus rusé que lui. Et le sage n’est sage que vivant, mort il est aussi stupide que les autres.

Me laissant à mes réflexions, elle s’adressa à Elisapi dans leur langue inventée que je ne comprends pas.

Commentaires

1. Le samedi 30 mai 2009, 19:35 par akynou

Bon conte et belle soirée au Sauvageais :-)

2. Le samedi 30 mai 2009, 21:14 par Lune

J'aime beaucoup ce conte :)

3. Le dimanche 31 mai 2009, 11:17 par andrem

Qui fais le sage est fou.

Qui fait le fou est sage.

4. Le mardi 2 juin 2009, 09:18 par Dame Béa

C'était beau ce conte qui nous a emmenés dans la poésie de ton pays. Dis, tu viendras encore nous raconter des histoires ?

5. Le mercredi 3 juin 2009, 13:55 par heidi

Voilà un conte parfait pour mes petits élèves. On vient d'apprendre le "Corbeau et le Renard" et je cherchais une histoire à leur lire pour conclure ! Merci Moukmouk :)

6. Le jeudi 11 mars 2010, 22:59 par paumier

Ainsi le corbeau est vengé de la fable de La Fontaine qui lui avait tissé si mauvaise réputation d'orgueilleux !
Bravo ! :)

7. Le mardi 6 avril 2010, 16:41 par elsa

j'ai trouvé ça nul il y avait des mots qu' ne comprenai rien

8. Le mardi 6 avril 2010, 16:46 par clara
  • c'était trop bien les poésies
9. Le mardi 6 avril 2010, 16:50 par elsa

:,nous on s'amuse à l'école et cette apré-midi on a fait sport?

10. Le lundi 28 mars 2011, 22:00 par Nackou

Vraiment bien ce conte, je crois bien que moi aussi je m'en vas le lire à mes élèves, on travaille l'écriture de contes autour de la ruse et aussi les fables de la Fontaine alors ça tombe on ne peut mieux. Un grand merci pour ce moment de bonheur au pays des loups.