La Fête de L'Ours

La Chandeleur c’était la fête de l’ours. Je ne parle pas des grands blancs, mais des petits bruns du sud de l’Europe. C'est une reprise de circonstances.

Il faut relire le poème de Mistral :

A la Candelouso, l'ourse fai tres saut

Foro de soun trau :

S'es nivo, s'envai ;

Se fai soulèu, intro mai

E sort plus de quaranto jour.

C’est cette tradition occitane qui est à l’origine de l’histoire de la marmotte en Amérique. Parce que l’ours brun d’Amérique, c’est le grizzly, ursus horribilis, et même s’il ne pèse que 300 kilos ( la moitié d’un mâle ours polaire), il n’y a personne qui a idée d’aller le réveiller pour lui demander le temps qu’il va faire. Sûr qu’il va faire mauvais pour les 2 prochaines minutes, après ça n’a plus d’importance. Il y a aussi les petits noirs ( 150 kilos) qui sont de toutes sortes de couleurs, et qui au Canada ne se lèvent pas avant le 15 avril. Le 2 février c’est le milieu du rêve.

Oui c’est la fête du petit brun d’Europe, mais il n’y a plus de petit brun. Et c’est bien difficile d’avoir le cœur à la fête quand l’ami est disparu. Avec son caractère enjoué, son goût pour les festins, son habilité à la danse, je suis persuadé que les bruns d’Europe préféreraient qu’on fasse la fête en souvenir, qu’on boive et qu’on danse pour laisser partout l’odeur douce du bonheur, que beaucoup d'humains sont trop infirmes pour sentir.

Plus qu’être plantigrade comme l’homme, d’aimer fêter et rire comme lui, l’ours se sert efficacement d’outils, ouvre des portes et des pots, et partage avec ses congénères ses connaissances à travers un complexe langage basé sur l’odeur plutôt que les sons. Non, il était, il aimait, il se servait, il ouvrait, il partageait. Plus jamais il ne le fera, il est trop tard.

Bien qu’essentiellement un végétarien, sa force et sa vitesse lui donnait la responsabilité du prédateur. Il avait la responsabilité de maintenir l’Équilibre, d’empêcher qu’une espèce prenne le pas sur les autres et détruise le monde. Il a été négligent, il a failli, et il en est mort. Cela ne change rien au principe de l’Équilibre.

Aujourd’hui, il y a aussi le rapport du GIEC. Le jugement est sévère et clairement ce n’est pas un non-lieu. La culpabilité des humains est certaine à plus de 90%. Il n’y a plus d’ours pour nous dire le temps qu’il fera, mais nous le savons: un sale temps avec d’énormes tempêtes, des sécheresses qui diminueront la capacité de production alimentaire, une élévation du niveau des mers.

Mais, il faut aussi apprendre de l’ours la joie du sentier, le plaisir de continuer, de faire la fête. La joie se cache dans les choses très simples, dans le plaisir de donner, plutôt que d’accumuler. Il n’y a plus d’ours pour célébrer la vie, il faut danser à sa place. Oui nous avons le devoir d'être beau, heureux et de danser.

Commentaires

1. Le mardi 2 février 2010, 17:02 par Paola

Et ce soir, proposer de jouer à l'ours...

2. Le mardi 2 février 2010, 21:10 par Bismarck

Le plaisir de donner, plutôt que d'accumuler...
J'entasse pas mal, mais je devrais cultiver l'art de donner, c'est vrai que ça procure un immense plaisir.

3. Le mardi 2 février 2010, 21:37 par alain

"gramaci forço" Moukmouk !

4. Le mercredi 3 février 2010, 08:11 par Lôlà

Moi j'aime les crêpes avec des ours dedans dans les petits fourrés. Coulés avec du miel, bien sûr.
La dernière histoire d'ours que j'ai lue m'a énormément touchée, c'était de Rick Bass, bien sûr....dans La vallée du Yaak. Je l'ai lu une fois, puis je l'ai lu à haute voix deux fois à mon lapin bleu,et je l'ai relu...
Merci pour tes histoires, Ours encore (sur)vivant !

5. Le jeudi 4 février 2010, 11:24 par Madame alfred

Dansons, Moukmouk, dansons haut et fort .

6. Le lundi 8 février 2010, 19:57 par Erika

bien moi parfois j'ai du mal à danser... mais je tente de rester optimiste ! sinon à quoi bon ?