Je hais les crayons.

Lise du blogue : Au Jour d'Hui, parle de son grand retour au papier et au crayon. Je hais les crayons, voici pourquoi.

J'aime la langue française pour sa sonorité et sa précision. Je hais la langue française, pour sa précision, son orthographe et sa grammaire absurde, héritage des privilèges royaux aux corporations de métiers. Une langue d'expert qui n'accorde le droit d'écrire qu'aux experts.

Le peuple la parle. Il passera quelques années à l'école à se faire critiquer, à se faire qualifier d'imbécile et d'incapable parce que le peuple ne parle pas la langue de l'école. Justement, l'école a pour but de faire la différence entre les experts et le peuple, entre ceux qui auront droit d'écrire, de dominer, et les autres qui seront dominés.

Mon sabir de sauvage démontrait clairement mon appartenance de classe. De plus, ma dysgraphie rendait mes copies illisibles quelques soient le nombre de crayons et de gommes à effacer que je pouvais détruire dans ma rage d'imbécile et d'incapable à m'exprimer. J'avais tant à dire et l'outil du langage m'était refusé. Je suis allé vers d'autres langues où mes imperfections me forçaient à rester clair et simple. Sans vraiment pouvoir dire ce qui me déchirait, mais au moins, mes mots étaient acceptés.

Puis vers 1996, j'ai connu le logiciel Antidote, un correcteur d'épreuve qui m'évitait les pièges les plus grossiers. Il s'est depuis beaucoup amélioré bien qu'il laisse encore passer des photes que les experts trouveront épouvantables, mais enfin, je peux être lu. Et avant même d'être lu, j'ai maintenant le droit d'écrire et je ne priverai plus. J'ai maintenant le droit de dire à tout le monde ce que cette langue m'a fait subir de honte, de peur et de frustration.

Et je vais le faire en tentant de l'utiliser le mieux possible, pour réclamer au nom de tous ces enfants qui grattent d'interminables feuilles de papier en pleurant de rage de ne pouvoir être, de ne pouvoir se dire, et qui resteraient des imbéciles sans les logiciels de correction. L'école de la frustration, de la sélection et du découragement existe toujours, mais nous avons maintenant trop besoin de toutes les intelligences pour éliminer des enfants parce qu'ils ne peuvent pas écrire comme les experts.

Je comprends très bien le plaisir de ceux qui ont la maîtrise de cette langue, de sentir le chuintement du crayon sur le papier, de voir se former les mots et les sons, et de choisir avec passion l'expression exacte. Mais je n'ai pas ce temps, j'écris par revanche. Je tape à détruire les claviers parce qu'il y a trop de mots à dire tout de suite, parce que trop d'enfants souffrent encore, parce qu'il y a trop de soumis, parce qu'il faut libérer la parole.

Commentaires

1. Le vendredi 9 avril 2010, 15:44 par Lise

Je t'adore, tu en profites et en plus, je suis tellement d'accord avec toi !
Mais sur ce point suivant, fais gaffe : je ne suis pas du tout une experte dans la belle langue de Molière : j'ai eu juste la chance d'être élevée par une puriste en la matière, ma mère, qui, de plus, était normalienne. J'aurais pu être dégoutée de tous les crayons du monde, mais mon père m'a appris à m'en servir pour dessiner, mon grand père était poète, et tout ceci m'a réconciliée avec les crayons.

Libérons la parole, les crayons et le papier, mais sans toucher aux arbres.

Je me demande si tu ne viens pas là, avec ton article, de soulever un coin de voile sur l'éducation enfantine en général, et québécoise en particulier : crois-tu sincèrement qu'il y ait encore des enfants qui souffrent dans les écoles l'apprentissage du français?

2. Le vendredi 9 avril 2010, 15:50 par Moukmouk

Lise--) je pense que je vois un peu moins d'enfants souffrants dans les écoles québécoises que françaises, mais je vois beaucoup d'enfants qui en viennent à détester l'école au point de chercher tous les moyens d'en sortir. Et pour chacun d'eux, je pense que c'est un désastre et un crime.

3. Le vendredi 9 avril 2010, 15:58 par lewis

Non, non, non !
En France l'école sert surtout à fournir de main d'oeuvre aux dominants. Et il en faut qui sachent écrire, et d'autres pas.

4. Le vendredi 9 avril 2010, 16:02 par Oxygène

Je comprends mieux pourquoi tu t'es mis au mégaptère que tu parles d'ailleurs couramment.

5. Le vendredi 9 avril 2010, 16:13 par Moukmouk

Oxygène--) et elles ne parlent jamais de dominations et de supériorité c'est pour cela que j'essaie si fort d'étudier leurs façon de vivre.

Lewis--) c'est précisément de cela que je parle. Ne pas parler la langue des maîtres, c'est la preuve de notre infériorité. J'entends le même raisonnement de ceux qui veulent que nous parlions anglais même si nos accents démontrent que nous ne sommes pas de vrais WASP.

6. Le vendredi 9 avril 2010, 16:17 par Nanouk

Comme Lise, j'ai été élevée par un normalien qui m'a initiée très tôt aux subtilités de l'écrit, ce qui fait que je n'ai jamais tellement peiné pour rendre des copies conformes à ce qu'attendaient mes professeurs, mais ma première note de dictée en 6e a quand même été un beau 0 pointé... Comme quoi, hein ^^

Alors oui, libérons la parole, parce qu'on parle avant d'écrire, avant que l'école ne vienne pervertir notre vision de la langue, ne nous impose l'écrit comme référence, alors que la langue est d'abord et avant tout faite pour être dite, murmurée, chantée ou même hurlée avec passion...

7. Le vendredi 9 avril 2010, 17:16 par Lise

Libérons la parole : expliquons à chacun qu'il ET elle ont le droit de dire.
Pasle droit de hurler pour couvrir la voix de l'autre ; pas le droit de frapper pour faire taire les autres ; pas le droit d'insulter pour intimider l'autre, non.

Mais OUI au droit de parole.

Et OUI aussi à notre droit d'écouter.

(bien plus facile à dire qu'à faire !)

8. Le vendredi 9 avril 2010, 19:08 par Tili

Oui et non.
Ne pas dégouter les enfants de s'exprimer, oui, OUI, bien sûr.
Ne pas leur apprendre, ne pas leur faire comprendre les subtilités de leur langue au nom d'une ouverture plus grande... Non.
En tant que dyslexique / dysorthographique, j'ai écopé, et je peine encore.
Il y a certes des choses absurdes, des orthographes hérités lourds à apprendre, certains que je n'ai jamais pu retenir. Mais justement cela vient d'être simplifié.

Cependant j'ai compris aussi que bien manier la langue peut être salvateur. Je ne voudrais pas rendre mes enfants dépendants d'un logiciel pour pouvoir s'exprimer à l'écrit. Je sens aussi l'importance de la subtilité, de l'accroissement du vocabulaire dans la capacité même à penser.

... Mais depuis notre conversation, je fais très attention à faire précéder chaque leçon de grammaire d'une petite partie de lecture où je m'attache à leur faire comprendre à QUOI ça sert ce que je vais leur apprendre ;-) (j'ai trouvé un livre très bien pour le "à quoi ça sert)....

9. Le vendredi 9 avril 2010, 19:22 par Lyse

Oh que vous écrivez là des choses déjà fort ressenties chez moi.

Et j'embrasse virtuellement chaque jour la personne qui m'a fait découvrir cet outil si puissant qu'est Antidote. (Où sont nos redevances de la part de Druide?)

Mais moi c'est fi au crayon, car ma calligraphie souffre, et fait souffrir le lecteur aussi...

10. Le vendredi 9 avril 2010, 19:33 par Moukmouk

Lyse--) moi-aussi, j'écris très mal et ça me vient de la haine que j'avais d'écrire quand j'étais petit. quand je prends un crayon, je crains encore la claque du maitre.

Tili--) je pense que très bientôt nous serons libérés du clavier et du crayon, et que tout écrit passera par une machine. Oui, c'est essentiel de bien manier la langue, mais est-ce que ça passe nécessairement par l'apprentissage de l'orthographe et de la grammaire ? je pense que nous sommes tous les deux la preuve du contraire.

Je ne peux toujours pas écrire sans le crayon informatique. Enfin, j'ai trop peur de le faire.

11. Le vendredi 9 avril 2010, 19:38 par Moukmouk

Lise--) bien sûr, libérer la parole ne veut pas dire perdre le savoir-vivre.

Nanouk--) Malheureusement, c'est l'écrit qui compte dans notre monde. De plus je n'ai pas eu de père normalien et mes enseignants parlaient à peine cette langue. Difficile dans ces conditions d'atteindre la classe dirigeante.

12. Le vendredi 9 avril 2010, 21:34 par Lune

Moi je connais pas mal d'experts (à très hautes responsabilités et gros salaires) qui font plein de fôtes :D (mais c'est des spécialistes des chiffres, avec un ego suffisamment gros pour ne pas être perturbés par les critiques sur leur manière d'écrire)
Ceci dit, je sais aussi à quel point c'est handicapant, et que ça peut faire échouer même dans des études techniques :(
Moi j'ai la chance d'avoir une mémoire photographique, je reconnais visuellement la bonne orthographe, je n'ai pas eu à apprendre, surtout que j'adorais lire. Mais je sais que c'est juste une chance, rien à voir avec l'intelligence ou les efforts fournis. Alors j'applaudis des deux mains ceux qui doivent travailler dur et trouver des outils ingénieux pour faire l'effort d'être compréhensible !
Parce que pour moi, l'orthographe, la grammaire et le vocabulaire, c'est surtout les règles communes qui permettent de se comprendre mutuellement ; on peut regretter qu'elles soient complexes, mais on ne peut pas les ignorer sans risque de ne plus être compris...

13. Le vendredi 9 avril 2010, 21:43 par Saveur(s)

Comme Tili, oui et non.
J'aime l'écrit et l'écriture, j'ai un rapport sensuel à l'écriture, au papier, au crayon. L'écriture c'est la manière dont chacun a incorporé une technique de dessin et de communication, et pour moi c'est partie prenante du message. Un mot doux à l'écran, ce n'est pas un mot doux dessiné sur une feuille, c'est beaucoup plus éphémère.
Oui c'est pour apprendre à parler, à penser on n'a pas besoin de passer par l'écrit, pour la grammaire non plus, alors ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. Moins on a de mots, moins on peut exprimer de nuances, et plus la confrontation passe par les poings plutôt que la langue.

14. Le vendredi 9 avril 2010, 21:57 par alain

Moi j'aime bien les haies de Crayons ! ICI

15. Le vendredi 9 avril 2010, 22:34 par Hortensia

Si ce n'est pas déjà fait, je te prescris la lecture de Chagrin d'école de Pennac. Ça mettra du baume sur ta haine du crayon et de l'école.

16. Le vendredi 9 avril 2010, 22:36 par pierread

j ai realise il y a quelques semaine que je savias presque plus ecrire avec un crayon j ma main est hesitante merci pour l article

17. Le vendredi 9 avril 2010, 22:38 par Moukmouk

Hortensia--) J'ai bien sûr lu, j'ai beaucoup pleuré, j'ai beaucoup aimé. Je pense que la plupart des enseignants l'ont lu, et cherchent à changer cette état de choses, et pourtant ça continue.

Alain--) tu vois c'est ce qui nous empêche d'aller jouer dehors.

18. Le vendredi 9 avril 2010, 22:40 par Vado

J'ai pourtant l'impression très nette que tu manies la langue française, ses nuances, ses subtilités et sa poésie avec un brio que je t'envie.
L'important est le fond, pas la forme, et j'avoue que je prends beaucoup plus de plaisir à lire ton blogue, même imparfait, que, par exemple, le Journal Officiel de la République Française, même quand il parle d'ours ! ( http://www.legifrance.gouv.fr/affic... )

19. Le vendredi 9 avril 2010, 22:49 par Palaeksa

J'ai moi même eu le bonheur d'être élevé par des parents enseignants, et j'ai la chance d"écrire naturellement avec une syntaxe et une orthographe à peu près correctes. J'ai aussi le don de détecter instantanément toute erreur dans un écrit, ce qui ne me fait pas que des amis parmi mes collaborateurs lorsque je leur retourne pour correction un document qu'ils pensaient parfait ! Mais dans la sphère privée, comme Vado juste avant moi, je suis beaucoup plus tolérant et m'attache bien plus au contenu qu'à l'emballage.
Et puis un crayon, ça peut aussi être de couleur, et permettre de faire un petit dessin, pour conserver en mémoire un moment d'émotion fugitive ...
Ne brulons donc pas tous les crayons !

20. Le vendredi 9 avril 2010, 22:52 par Moukmouk

Saveur(s)--) On peut très bien développer sa pensée, très bien lire, construire des phrases et pourtant ne pas pouvoir les écrire. J'ai mis 50 ans à vaincre ma peur d'écrire en français. Et je suis très loin d'être le seul. Je veux simplement ouvrir une porte à ceux qui souffrent de ne pas pouvoir correspondre à la norme, leurs dire qu'ils peuvent maintenant se dire quand même en français.

Luna--) l'usage de l'écrit n'est pas LA raison qui bloquent beaucoup d'enfants vers les postes de pouvoir, un enfant de riche peut très bien y arriver. C'est un outil de l'école pour faire la sélection, mais la cause de la sélection c'est la reproduction des classes sociales. Il y a beaucoup de gens qui comme toi peuvent magnifiquement se servir de la langue écrite sans pouvoir atteindre les postes de pouvoir.
Encore une fois ce que je tente de dire, c'est qu'avec les ordinateurs, c'est maintenant possible de passer par dessus cette barrière. On pourrait discuter longtemps pour savoir si la grammaire et l'orthographe en français sont des règles communes pour se comprendre, ou des règles pour empêcher de partager la connaissance. Entre autres, si c'était des règles communes, ce serait la communauté qui ferait les règles et non pas quelques vieux messieurs habillés en vert, et on aurait pas besoin de la loi pour l'imposer. D'accord je vais trop loin dans l'autre direction pour faire image.

21. Le vendredi 9 avril 2010, 23:02 par Moukmouk

Valdo--) je te remercie des compliments, et ça éclaire ce que je tente de dire, on peut bien se servir d'une langue pour penser sans être capable d'écrire sans l'aide de l'ordinateur.

Palaeska--) 3 des 4 qui me disent ne pas avoir de problèmes avec la langue française ( les chanceux) ont eu des parents normaliens. Des parents pour qui la norme est centrale.

Ceux qui m'ont enseigné au primaire auraient probablement échoué une dictée de 6ième. Peut-être que ça compte aussi des enseignants...

22. Le vendredi 9 avril 2010, 23:16 par Palaeksa

=> Moukmouk : Mes parents sont normaliens car ils ont fait l'école normale d'instituteurs , pas l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm ! et bien qu'ils étaient donc enseignants dans le primaire, ils maîtrisent parfaitement l'orthographe et la grammaire, mais ne me l'ont pas imposé en tant que tel. Je pense plutôt (même si c'est très lié aussi à mon éducation) que ce "don" provient du fait que j'ai énormément lu, en commençant très jeune, et que j'ai une bonne mémoire visuelle.
Le problème aujourd'hui vient peut-être d'une désaffection de la culture de l'écrit pour une culture de l'oral, ce qui fait que l'apprentissage de l'orthographe semble anachronique et déconnecté de la réalité ?

23. Le samedi 10 avril 2010, 01:02 par Moukmouk

Palaeska--) Pour le normalien, j'ai juste profiter du jeu de mot pas plus... je ne connais pas la rue Ulm. Je suis probablement plus vieux que toi, et surtout j'ai beaucoup beaucoup lu, c'était ma survie durant mon adolescence. Mais mon problème de dysgraphie ne s'est pas corrigé ou si peu. J'ai encore besoin de logiciels de correction de dictionnaires, et je fais encore beaucoup de fautes malgré ma bonne volonté.

Je ne pense pas qu'il y ait une désaffection pour l'écrit. Il n'y a jamais eu autant de livres édités et lus et surtout par les jeunes. Simplement comme indice, ici en 1960, il y avait 10% des jeunes qui lisaient en dehors de l'école et maintenant c'est presque 40% c'est une immense victoire. Mais d'autre part de plus en plus d'enfants ont des problèmes très complexes d'apprentissage. Peut-être qu'avant ce n'était pas diagnostiqué, peut-être qu'il y a des facteurs environnementaux, peut-être que... et que... plus un mélange de tout cela.

Mais on lit de plus en plus et de mieux en mieux. Pour l'orthographe, je n'ai pas de données fiables, mais je pense que bizarrement, le progrès de lecture n'a pas entrainé de progrès dans la rédaction, nous avons à peu près les mêmes proportions de gens qui controlent efficacement l'orthographe et la grammaire.

Surtout, il y a des enseignants du primaire plus compétent pour enseigner que des spécialistes universitaires, parce que il ne suffit pas d'apprendre, il faut aimer les enfants, c'est plus rare.

24. Le samedi 10 avril 2010, 06:22 par Anne

Touchée...

Je crois que j'aime tes mots encore plus, maintenant que je sais ce qu'ils te coûtent...

Je t'embrasse bel ours

25. Le samedi 10 avril 2010, 06:54 par Saveur(s)

Palaeska, ma fille lit énormément depuis toute petite, elle a une excellente mémoire, une bonne maîtrise de la langue française. Elle est capable de corriger un texte plein de fautes. E t pourant elle a une graphie dégueulasse et une orthographe longtemps restée déplorable. Elle a compris l'intérêt de la grammaire et de la graphie quand elle n'a pas été capable de comprendre ce que sa petite cousine lui avait écrit comme carte d'anniversaire, et quand elle a découvert en langues étrangères qu'une lettre en plus ou moins pouvait radicalement changer le mot et le sens.
Tout cela pour dire quoi ? que je pense que c'est une croyance infondée que d'associer bon lecteur et bon écrivant(e), et que c'est une croyance de reproduction sociale. Je l'avais, ma fille me l'a fait mettre aux orties.

Moukmouk, la douleur dont tu parles, je pense que beaucoup de gauchers en France de ta génération pourrait en parler, beaucoup d'enfants bretons, normands, solognots auxquels on demandait d'oublier leur langue pour apprendre la langue des maîtres, bien sûr. A 70 ans, mon grand-père qui parlait et écrivait parfaitement le français s'est mis à écrire et jouer avec ses copains des pièces en patois normand..!
Je vais m'arrêter à, il y a beaucoup trop de niveaux mélangés sous ce thème, le rapport à la langue, à l'identité, à la connaissance...pour en parler dans un commentaire !

26. Le samedi 10 avril 2010, 07:04 par Saveur(s)

Juste pour les chiffres, allez voir l'évaluation 2008 du niveau d'orthographe. Je déconseille les commentaires qui sont assez conservateurs...

27. Le samedi 10 avril 2010, 11:37 par Palaeksa

>=> Saveur(s) : Tu as sans doute raison, je voulais simplement dire que dans mon cas, ce n'était pas par la pression du corps enseignant ou de mes parents que j'avais acquis ce niveau, mais certainement par la lecture associée à une bonne mémoire visuelle. Mais j'ai effectivement connu un patron qui écrivais quasiment en langage SMS avec 15 ans d'avance, mais qui débusquait impitoyablement la faute la plus bénigne dès la première lecture ...

28. Le samedi 10 avril 2010, 13:23 par Moukmouk

Palaeska--) Et pour les enfants actuellement à l'école les problèmes d'apprentissage sont de plus en plus complexes. Je ne veux pas jeter de pierres aux enseignants qui pour la plupart sont dévoués et tentent... je parle d'un système et surtout d'une approche qui n,est plus nécessaire ( enfin moins).

Saveur(s)--) Ce sont des données intéressantes, je pose juste la question en 76, combien de jeunes n'étaient plus à l'école à l'age de ce test ? On fait de l'école publique une prison, un centre d'occupation pour une jeunesse dont on ne sait quoi faire. Dans plusieurs classes de milieu défavorisé, je me demande parfois s'il se fait encore de la formation.

29. Le samedi 10 avril 2010, 18:34 par Jenny

"Oui, c'est essentiel de bien manier la langue, mais est-ce que ça passe nécessairement par l'apprentissage de l'orthographe et de la grammaire ? "

Il me semble que l'apprentissage de la grammaire est nécessaire pour écrire de belles phrases. Quant à l'orthographe, elle est moins importante, en soi, pour avoir un style agréable, mais elle peut être bien gênante pour la lecture !

Si tes billets étaient plein de fautes, je renoncerais rapidement à les lire.

Je rejoins plusieurs commentateurs : je pense que l'apprentissage passe beaucoup par le goût de la lecture. J'ai toujours aimé lire et je n'ai pas eu de difficulté majeure avec le français.

Par contre, à l'enseigner, je me rends compte combien c'est une langue difficile à orthographier et à prononcer (mais pas tellement plus que l'anglais).

30. Le samedi 10 avril 2010, 19:54 par Moukmouk

Jenny--) si ce n'était d'Antidote, mes billets seraient plein de fautes. Puisqu'on permet à plusieurs handicapés de se servir d'ordinateurs en classe, pour quoi n'en donnerait-on pas aux dysgraphiques ?

31. Le mercredi 14 avril 2010, 11:12 par Névrosia

Comme c'est intéressant !

Enfant de parents étrangers pour lesquels l'intégration à la société française pour leurs enfants passait forcément par la maîtrise de la langue, ils nous ont très tôt donné le goût de la lecture et incité à écrire sans jamais nous réprimander en cas de fautes.
Je comprends parfaitement ce que tu dis, ma fille est dysorthographique, utilise un ordinateur avec bientôt un correcteur orthographique et pourtant elle a toujours aimé prendre une feuille et un crayon pour exprimer ce qu'elle n'avait pas le courage de dire oralement et le fait merveilleusement.
Je confesse néanmoins un goût prononcé pour la rigueur orthographique, mais pas au point d'en faire pleurer des enfants, tout simplement parce que j'aime lire et lire une phrase bien écrite m'est plus agréable que si elle est truffée de fautes, même si je sais pertinemment que ça n'enlève rien à son sens. Par ailleurs, je trouve qu'on apprécie mieux les nuances de la langue lorsqu'elle est correctement orthographiée, car certains lapsus sont savoureux. Celui que je fais le plus souvent "ensaignant" ça colle avec ton post ;-)
Il y a un blogueur (dont tu peux trouver le lien sur mon blog) Le Caribou pour lequel la faute d'orthographe était une spécialité, c'était presque un art, mais son propos était toujours si intéressant et drôle que nous étions toujours impatients de le lire.

Et puis connais-tu quelqu'un qui ne fasse jamais de fautes ? Nous sommes tous perfectibles dans ce domaine, ça nous pousse à apprendre, chercher, même en vieillissant et à nous remettre en cause souvent, c'est aussi en cela que j'aime l'orthographe, parce qu'elle vit évolue en même temps que la langue et la société et du fait nous aussi.

32. Le dimanche 25 avril 2010, 07:43 par Beautymist

Oh là là ! tellement de choses à dire...

Bon alors, juste mon petit témoignage : ma mère (je n'ai pas eu de père) est une personne très cultivée et intelligente, sans être enseignante ou Normalienne. Dans les maisons de mon enfance, il y avait toujours une énorme bibliothèque, et j'avais le droit de lire des livres, n'importe lesquels, même ceux des grands ! Les livres n'étaient pas derrière des vitrines, mais à portée de main ! Pour que je ne lise quand même pas n'importe quoi, ma mère me suggérait gentiment les livres pour enfants adaptés à mon âge... Ce n'était pas du grand n'importe quoi non plus... Mais cette impression que les livres étaient là, TOUS, pour moi, c'était une joie immense !

Je suis donc devenue une grande lectrice, j'ai une excellente mémoire visuelle et auditive, et j'adorais déjà la grammaire à 9 ans ! J'avais souvent des 20/20 en orthographe, aussi.
A 18 ans je parlais 5 langues et je suis devenue naturellement traductrice, sans passer de diplômes.

Je remercie chaleureusement les excellents professeurs d'école qui ont jalonné mon parcours - j'avoue avoir eu beaucoup de chance en ce domaine. Ah ! Mme Trancart, Mr Endurant, Mme Couyoumdjian !

Dans ma famille, aussi bien ma mère que moi, sommes des "intellectuelles précaires". C'est-à-dire des gens qui ont un bagage intellectuel de dominant, mais qui sont mal payés (ah ! la traduction !) et sont dominés dans le "système".

Encore un mot sur ma mère : c'est une gauchère née juste
après-guerre. Elle n'en parle pas beaucoup, mais ce qu'elle a dû souffrir à l'école !

Quant à ton blog, cher Moukmouk, je l'aime beaucoup tel qu'il est est. Les petites fautes ici et là que je ne peux m'empêcher de relever pour moi-même, sont comme ta marque de fabrique, une simple coquetterie dans l'oeil, qui n'enlève rien au charme du regard ! Je ne savais pas qu'il y avait autant de douleur et de peine derrière tout ça ! Pardonne ma maladresse de correctrice professsionnelle.

BM

PS: je suis devenue un peu dyslexique/dysgraphique quand j'ai commencé à travailler sur ordinateur... Car avec un crayon, on mémorise le geste d'écrire, avec l'ordinateur, les lettres sont tout à coup placées dans un tout autre ordre ! D'où de fréquentes fautes de frappe. Mais je trouve formidable que l'outil informatique propose des aides aux différents handicaps.